Quelle neutralité “sui generis” pour le Liban ? par Maître Carol SABA

Carol Saba
Carol Saba

Quelle neutralité “sui generis” pour le Liban ?

par Maître Carol SABA – Avocat à la Cour au Barreau de Paris

Deux termes sont dans le monde arabe, en grande partie, galvaudés, abaissés voir même dégradés, à bon escient, illustration même de la dépréciation démocratique de la gouvernance politique arabe.  La « laïcité » en premier, qui est associée à l’athéisme déicide dans un monde nourri de beaucoup de religiosité et de peu de spiritualité. Puis, la « neutralité » qui est associée à une forme de désengagement coupable voir même de lâcheté, dans une société qui se gargarise de discours politiques enflammés mais sans portée réelle. Il y a des peuples qui, justement, en raison de leur histoire douloureuse et tourmentée, acquièrent et développent sur la durée, une intelligence des situations qui leur permet toujours de retomber sur leurs pattes. Ils cultivent un charisme de « médiation » qui leur permet d’être « médiateur » de conflits qui nécessitent de dresser des ponts entre les acteurs, à la place des murs. La neutralité à la libanaise peut être l’expression d’une telle intelligence. Si, d’évidence, la laïcité n’est point synonyme de déicide, la neutralité n’est point non plus synonyme de passivité ni de lâcheté mais d’engagement. Une neutralité « intelligente » est « médiatrice » et peut apporter beaucoup plus qu’une armée sur un espace de guerre. C’est un peu le charisme de ceux que la psychologie stratégique anglo-saxonne désigne comme étant des « Facilitateurs ». Le présent article n’a pas d’ambition de décortiquer le concept de neutralité et de mesurer sa faisabilité au Liban. Nombreuses sont les considérations qui pourraient fonder une « neutralité à la libanaise » qui reste, à ce stade, disons-le, encore « hypothétique ». L’étude de ces facteurs (psychologiques, juridiques, socio-politiques, géopolitiques et géostratégiques) nécessiterait une étude plus élaborée, en cours de préparation.

Le présent article tente de « contextualiser» la problématique si délicate et si sensible de la neutralité au Liban. Il cherche à dégager quelques considérations méthodologiques qui doivent s’inviter dans la réflexion afin qu’elle puisse être, dans la mesure du possible, objective et utile, et surtout, dépolluée de toute instrumentalisation de la neutralité par ses détracteurs e/ou ses défenseurs. Polariser le débat sur la neutralité n’est pas sans risque. Il convient d’installer le débat sans polarisation dans un espace « circulaire » qui invite tout le monde, avec sensibilité, doigté et objectivité, à la table du débat sans à priori. La forme est en l’espèce, aussi importante que le fond. Il y a parfois des défenses obstinées et précipitées qui nuisent davantage à un bon dossier qu’une offensive frontale de l’adversaire. Sortir de la polarisation est un préalable nécessaire. LIRE LA SUITE