A propos du cas de François Xavier Bellamy ! par Maître Carol SABA Avocat à la Cour au Barreau des Paris

A propos du cas de François Xavier Bellamy ! 

La force tranquille d’un philosophe qui veut faire de la politique autrement et qui est en passe de démontrer qu’il est possible de le faire !

par Maître Carol SABA, Avocat à la Cour au Barreau des Paris Responsable adjoint de la Commission Paris Beyrouth du Barreau de Paris – 24 mai 2019

« François-Xavier Bellamy peut-il renverser la table ? », c’est ainsi que titrait, sous la plume de Kevin Bossuet, un article du magazine « Valeurs », publié le 14 mai dernier, et qui analyse bien les ressorts de la BELAMYMANIA.

Détrompez-vous, ceci n’est pas une chronique politique. Elle l’aurait été si son sujet avait été non pas François Xavier BELLAMY lui-même en tant que personne, son style, son flegme, sa modération élégante et son élégance sans modération, son côté juvénile qui parle et s’exprime comme un vieux sage, qui aime la contradiction tout en étant respectueux de ses contradicteurs, mais la « pensée » politique et les idées de François Xavier BELLAMY. Une des facettes de l’exemplarité de François Xavier BELLAMY réside aussi dans sa capacité à concilier publiquement sa foi (chrétienne) et son engagement politique, non pas dans un esprit identitaire belliqueux, revendicatif ou oppositionnel, celui d’une identité qui serait en souffrance, mais dans un esprit de dialogue et d’ouverture non sans authenticité. Il démontre ainsi qu’on peut avoir des convictions, les porter au cœur même de la Cité, les défendre sans ambiguïté ni ambages dans un esprit de dialogue pour pousser les gens à réfléchir et pour donner du sens au politique et tenter, enfin, de proposer et de faire des politiques qui ont un sens.

Ceci n’est pas une chronique politique, j’annonçais plus haut. Effectivement, je ne discuterai donc point de la pensée politique de BELLAMY, que certains taxent non sans légèreté et avec une certaine précipitation légère, de pensée conservatrice alors qu’il ne se présente point dans sa manière de réfléchir et/ou de s’exprimer d’une manière « statique », coincée et étriquée, qui cherche à conserver, mais d’une façon dynamique et cultivée qui séduit aujourd’hui, jeunes et moins jeunes. Mais attention, la modernité n’implique pas forcément le modernisme, comme l’attachement aux valeurs n’implique pas forcément le conservatisme. La novation politique qu’il revendique n’est pas autant pour lui une rupture avec le passé, ni un déni de soi, ni une projection dans l’avenir sans liens avec le passé. Il incarne au contraire une réinscription des valeurs dans un récit actuel et moderne, un récit qui est inclusif aussi bien de ce que nous avons été (et de ce que la France a été), de ce que nous sommes (et ce que la France est), et de ce que nous aspirons à être (et ce que la France doit être).

Il faut bien le dire, la crise du MACRONISME aujourd’hui en tant que doctrine politique qui a pas mal séduit jeunes et moins jeunes, par la force de l’intelligence du candidat MACRON qui a su accéder au pouvoir en jouant sur l’intelligence à géométrie variable du « en même temps », réside aujourd’hui avec le président MACRON dans la perte de cette « promesse du récit ».

Il fut un temps, où en bon disciple de Paul RICOEUR, Macron a séduit pendant sa campagne présidentielle parce qu’il a inscrit son discours politique dans un récit national qui relie les deux bouts de la France d’en haut et d’en bas, la France des riches et des pauvres, la France des visibles et des invisibles, sans les opposer, ni les stigmatiser, réveillant ainsi une promesse de réconciliation des charismes de la nation.

Cette promesse n’a malheureusement pas résisté à l’exercice du pouvoir après sa conquête. Les ors de la République et la forte dose de puissance et de verticalité politique qu’injecte à tout candidat devenu président, l’entrée dans le Palais de l’Elysée, a relégué la « réconciliation » à un autre temps. JUPITER a pris le pas sur le KENNEDY de la politique française qui a su réveiller jeunes et moins jeunes et a réveillé aussi « l’utilité » de faire de la politique auprès de français devenus blasés politiquement par les establishments politiques de gauche comme de droite qui ont vécu (sauf DE GAULLE) sur les gloires de la République sans lui donner la gloire qu’elle mérite.

D’où les convulsions que connait notre pays depuis plusieurs mois. Et la crise des gilets jaunes n’est qu’une facette de la crise sociétale et de sens que connait la République et la crise institutionnelle que connait la Vème République trop monarchique. Il ne faut pas l’oublier. Les français sont ambivalents politiquement. Ils aiment trop leur Roi et, en même temps, n’hésitent pas à vouloir lui « couper » la tête !

C’est cette espérance de « réconciliation » que j’entrevois dans le discours de BELLAMY et dans sa façon de faire de la politique en la rehaussant. Il cherche de nouveau à réveiller à droite cette « espérance », un mot qu’il aime bien et qui revient souvent dans sa parole politique publique. L’espérance des temps et des choses qui ont de l’épaisseur, qui donnent du « sens » au politique et qui produisent des politiques qui ont « un sens ».

On voudrait nous faire croire aujourd’hui qu’il n’y a pas de place à un tel discours compte tenu de l’opposition entre les progressistes, qui se présentent comme les défenseurs d’une modernité sans passé, et les conservateurs et/ou populistes qui sont ni plus ni moins des veilleurs de musées qui réveillent des valeurs passées du passé mais sans les réconcilier avec le présent et les conjuguer avec l’avenir.

Nous sommes réduits à une opposition stérile et dangereuse de deux approches doctrinaires. Détruire l’ancien monde pour faire émerger le nouveau, d’une part. S’accrocher à l’ancien monde pour contrer la naissance du nouveau. Cercle vicieux d’une opposition stérile et destructrice entre ces progressistes qui prônent un nouveau langage politique tout en détruisant l’ancien sans pour autant se départir de lui, et ces populistes qui surfent sur les inquiétudes et les peurs d’un monde troublé, inquiet et en quête de sens.

Revenons à BELLAMY. On peut lui accorder au moins ce mérite, qu’il ne se cache pas de ses idées. Qu’il les défend avec panache non pas à visage masqué mais à paroles découvertes. C’est sa façon moderne de démentir cette autre conception de la politique qui se plait à conjuguer sous différentes déclinaisons, « l’ambiguïté » et « l’ambivalence », de la pensée, de la parole et du positionnement. François Mitterrand aimait répéter cet axiome de base qu’il a mis en œuvre avec brio pour déboussoler aussi bien ses détracteurs que ses défenseurs, ses ennemis que ses amis, à savoir « qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses propres dépens ».

BELLAMY n’est pas de cette école. Face à l’ambivalence de la pensée, il prône des idées claires et un positionnement sans complexe et sans ambages. Démarche convictionnelle certes, mais déclinée avec un grand sens du débat, du respect des règles du dialogue et un esprit aussi bien curieux et cultivé que modeste. Il ne campe pas sur ses positions, le BELLAMY, comme s’il était un archer qui doit défendre coute que coute la position d’une forteresse encerclée ! Bien au contraire, son but est de renverser la vapeur, de faire incursion le plus loin possible derrière les lignes de l’ennemi. Plutôt que défendre une position forte, il cherche à porter ses idées le plus loin possible sur l’arène politique de la pensée, pour qu’elles germent et fleurissent. Face à l’ambiguïté du positionnement, il dit clairement qui il est, d’où il vient et où il va. C’est peut-être en grande partie ce pourquoi il séduit.

Voilà un jeune professeur de philosophie, un « outsider » de la politique, qui n’a jamais eu de rôle politique sur la scène nationale qui, avec beaucoup de flegme, en dépit du fait qu’il fut très mal accueilli au moment de sa nomination par ses paires et les petits barons de la droite éparpillée et en crise de sens, monte dans les sondages et séduit. Il monte et a acquis une « part de marché » certaine, sans pour autant se prêter au jeu classique de l’invective de la politique politicienne où, pour exister politiquement, il faut s’attaquer à l’adversaire à n’importe quel prix, n’importe où et n’importe comment. Il arrive avec sérénité et flegme à démontrer plusieurs mois après son investiture qu’il est possible à un philosophe, sans plan de « com », avec beaucoup de modération et d’élégance, avec un discours de vérité et de raison, sans hausser la voix ni dans les meetings ni sur les plateaux de télévision, qu’il est encore possible de faire de la politique autrement, d’être audible auprès des jeunes et des moins jeunes en tenant un langage de vérité et de raison, qu’il est encore possible de donner du sens à la politique pour mettre en place des politiques qui ont du sens.

D’évidence, François Xavier BELLAMY est de l’avis de beaucoup une des révélations positives, de cette campagne des européennes. L’homme a des convictions. Il ne s’en cache pas. Il ne joue pas celui qui veut plaire à tout le monde au risque de ne plus plaire à personne car personne n’arrive plus à le situer. La droite française (mais pas que la droite, la gauche de gouvernement, aussi) a longtemps jouer la « comédie » politique pour conquérir le pouvoir et surtout pour s’y maintenir… Elle a joué sur toutes les ambiguïtés, ce qui a ouvert la voie aux populistes et aux extrêmes pour parler « cash » avec un discours populiste qui attire les mécontents, les aimante sans pour autant les coaguler pour en faire une force politique réfléchie et raisonnée, centrale et non extrême. C’est ainsi que sur la durée, les politiques, tous les politiques, ont perdu le sens de la politique et ont fait perdre aux yeux des français, abstention l’atteste, à la politique son sens, et son « bon sens ». Ils sont devenus des machines que pilotent les communicants et les sondages et non pas des leaders de leur peuple, qui avancent avec audace, panache et vérité, de vrais incubateurs de pensée politique et d’espérance d’avenir …

Winston CHURCHIL disait dans le temps, qu’on peut mentir à certaines personnes pendant un certain temps, à beaucoup de personnes pendant beaucoup de temps, mais pas à tout le monde pendant tout le temps ! Retrouver l’espérance dans un discours de vérité est peut-être le fil conducteur de la campagne de François Xavier BELLAMY qui a séduit et séduira s’il continue en politique sans en devenir une bête politique. Peut-être qu’il ne sera pas en tête dimanche prochain, mais il a certainement suscité une curiosité et provoqué un appétit auprès de citoyens qui espère toujours. Il a su décliner les prémices des fondements d’une nouvelle espérance à droite qui ne cherche pas à cloner les aînés. En soi, cela sera une victoire. Mais en tout état de cause, sachons qu’en politique, mais aussi dans la vie, l’espérance n’est réelle que quand elle se conjugue avec un langage qui est celui de la vérité.


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