« Une stratégie RÉVOLUTIONNAIRE pour la PALESTINE »

Quelle stratégie pour libérer la Palestine face au génocide organisé par Israël avec le soutien des puissances impérialistes ? L’intervention d’Elsa Marcel au meeting internationaliste et révolutionnaire de Révolution Permanente qui s’est tenu le 24 mai à Paris à l’espace Charenton. Plus de 2000 personnes ont participé au meeting en présentiel et des centaines ont suivi en direct depuis Argentine, Brésil, Allemagne, Costa Rica et Egypte.

Je voudrais commencer mon intervention par un hommage. Depuis 1 an et demi, pas un jour ne passe sans qu’on ne voit défiler sur nos téléphones les visages de Palestiniens assassinés par Israël. C’est le premier génocide de l’histoire durant lequel les victimes diffusent leur propre massacre en direct. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes, sous les bombes, sous les balles, de la faim, de l’impossibilité d’accéder à des soins élémentaires. Mais derrière ces chiffres, les Palestiniens ont des noms et des histoires. Alors ce soir, pendant cette intervention, je voudrais qu’on pense à eux.

A Ahmed Mansour, journaliste palestinien dévoré par les flammes début avril. A Hassan Alaa Ayyad, adolescent de 14 ans connu pour sa voix magnifique et tué dans un bombardement. A Adnan Al Bursh, médecin de l’hôpital Al-Shifa, décédé dans la terrible prison d’Ofer en Cisjordanie. A Fatima Hassouna, photojournaliste de 25 ans qui disait : « si je meurs, je veux une mort retentissante ».

Ce meeting c’est aussi un moyen de faire retentir leurs noms, leurs morts, mais surtout leur lutte, la lutte pour la libération du peuple palestinien.

Une nouvelle phase du génocide

Aujourd’hui la bande de Gaza est un champ de ruines. Les destructions sont d’une ampleur inégalée au 21ème siècle. L’offensive coloniale d’Israël est celle qui a causé le plus grand nombre de morts de journalistes, de personnels de santé et d’humanitaires en un temps aussi court. Au moment où je vous parle, une nouvelle phase du massacre est en cours. Pendant près de 80 jours, Israël a bloqué toute entrée d’aide humanitaire.

Ce blocus, le plus long de toute l’histoire de Gaza, a déjà fait basculer la population dans une situation de détresse absolue : frappée par la famine, privée d’électricité, d’eau ou de médicaments. Si ce lundi, Netanyahou a cédé et commencé à laisser entrer un peu d’aide, dans des quantités si faibles et sur un territoire tellement détruit qu’elle n’atteint même pas la population, c’est pour mieux pouvoir avancer dans son plan de conquête de Gaza.

Comme l’a expliqué Smotrich, ministre des finances israéliens, à ses amis suprémacistes, choqués par l’idée même d’accepter que soit envoyée un peu d’aide humanitaire aux Gazaouis : « lorsque nos bons amis nous demandent de nous arrêter et de fournir une aide minimale, nous acceptons pour pouvoir poursuivre. » Poursuivre quoi ? Les opérations en cours. Leur but est simple : vider chaque section de la bande de sa population, ville par ville, pour déplacer les Palestiniens vers l’extrême sud, à Rafah, d’où ils seront déportés ou exterminés. Smotrich, à nouveau, est explicite : « Nous occupons Gaza pour y rester. C’est une guerre pour la victoire. Il est temps d’arrêter d’avoir peur du mot occupation ».

Comme le répètent des dizaines de chercheurs, d’avocats, d’historiens, de juristes qui suivent la situation depuis 1 an et demi : tout ça, ça a un nom, ça s’appelle un génocide. Organisé, préparé, mis en œuvre méticuleusement. Un génocide assumé publiquement, bien avant le 6 mai dernier et même dès le 9 octobre 2023, lorsque Yoav Gallant, ministre de la défense déclarait : « nous combattons des animaux humains, et nous agissons en conséquence ».

Ou lorsque le chanteur Eyal Golan appelle à « effacer Gaza » et diffuse des images des massacres très tranquillement dans une salle de concert parisienne. Ça, ce n’était pas il y a un an, ce n’était pas il y a six mois, c’était il y a trois jours. Fin mars, le ministère de la santé à Gaza a publié un document de plus de 1500 pages listant les noms des Palestiniens tués. 474 de ces pages sont uniquement remplies par des noms d’enfants. Les 27 premières uniquement par les noms d’enfants tués alors qu’ils avaient entre 0 et 1 an.

Israël a bombardé les hôpitaux, mais aussi les immeubles, les boulangeries, les écoles, les cimetières. Il faut écouter le retour des humanitaires qui se rendent à Gaza, des infirmières comme Imane Maarifi, qu’on a l’honneur de compter parmi nous et que je vous demande d’applaudir très fort. Dès le mois de février 2024, elle racontait au Parlement ce qu’elle avait vu : des enfants avec des crânes fracassés ou des balles de snipers qui leur ont arraché les yeux, des charrettes remplies de cadavres tirées par des ânes, des mères qui arrivent avec leur bébé froid et qui refusent de croire qu’il est mort.

Mais ce génocide il n’a pas commencé en octobre 2023. Il vient poursuivre et accélérer un nettoyage ethnique en cours depuis 77 ans. Le 15 mai dernier, on commémorait la Nakba, la date choisie pour se souvenir de ces mois pendant lesquels, entre 1947 et 1949, plus de 800 000 Palestiniens ont été exilés de force, dépossédés de leurs terres, exécutés.

A l’époque déjà, l’armée israélienne s’adressait, par tract, aux habitants arabes de Tirat Haifa qui résistaient à l’occupation : « Si vous voulez échapper à la Nakba, éviter un désastre, une inévitable extermination, rendez-vous, l’étau se resserre autour de votre cou. » La semaine dernière à l’occasion de cet anniversaire, Malak Radwan, une Gazaouie expliquait : « Le jour de la Nakba n’est plus un souvenir, aujourd’hui, c’est devenu une réalité quotidienne. »

La complicité des puissances impérialistes…

En 1948 comme aujourd’hui, ce génocide, il a des complices partout dans le monde. Pendant le mandat de Biden, les Etats-Unis ont fourni 17 milliards de dollars d’armes à l’Etat israélien. Trump a pris sa suite en expliquant qu’il fallait transformer Gaza en une station balnéaire pour milliardaires.

La France quant à elle est le deuxième partenaire d’Israël pour ses importations. L’État colonial lui achète du matériel militaire et des systèmes de haute technologie de guidage des missiles, produits notamment par Thalès.

C’est grâce à ces puissances que Israël peut affamer une population depuis 2 mois. C’est grâce à elles que beaucoup ont peur de dénoncer haut et fort le génocide, parce que pendant un an et demi – et encore aujourd’hui – en parler c’est un acte subversif, c’est risquer des accusations infâmantes, des poursuites pénales ou des gardes à vue arbitraires.

Il suffit d’écouter Stéphane Séjourné, ministre des affaires étrangères, le 17 janvier 2024 qui disait : « Accuser l’Etat juif de génocide, c’est franchir un seuil moral ». Mais le seuil moral c’est eux qui l’ont franchi. Il faut le dire d’autant plus fort que maintenant, certains essayent de se faufiler du bon côté de l’histoire. De passer discrètement du camp des soutiens du génocide au camp des justes.

Après 1 an et demi de massacres, 1 an et demi à laisser faire le génocide, 1 an et demi à soutenir ouvertement des criminels de guerre, Macron et Starmer expliquent « qu’ils ne resteront pas les bras croisés. » De son côté, après avoir martelé son soutien « inconditionnel » à Israël, l’Union européenne découvre qu’elle peut « réexaminer son accord d’association. »

Mais comment croire une seule seconde ceux qui laissent Netanyahou circuler tranquillement en violation d’un mandat d’arrêt alors qu’ils persécutent des opposants au génocide pour un tweet ? Comment penser que tous ceux qui ont diffusé en boucle la propagande de guerre israélienne pour justifier le nettoyage ethnique ont subitement changé d’avis ? La réalité, c’est que ces retournements de vestes montrent le cynisme absolu des impérialistes européens et la lâcheté de tous ceux qui se sont tus jusqu’ici.

Ces atermoiements, en plus d’être indécents et hypocrites, sont totalement impuissants. De notre côté, nous sommes de ceux qui n’oublieront jamais qu’ils sont complices de ce massacre et que l’histoire les jugera.

… et des bourgeoisies arabes

Mais les impérialistes occidentaux ne sont pas les seules puissances qui ont une part de responsabilité dans ce génocide. Qu’ont fait les gouvernements d’Egypte, d’Arabie Saoudite, de Jordanie, du Maroc ou des Émirats Arabes Unis pendant que Gaza était sous les bombes ? Soit ils ont collaboré, soit ils ont gardé le silence, soit ils ont négocié.

Avant le génocide, les Émirats Arabes Unis, le Maroc et Bahreïn ont signé les accords d’Abraham, légitimant l’apartheid et le projet d’Israël qui n’a jamais cessé d’assumer ses objectifs d’élimination du problème palestinien. L’Arabie saoudite fait des affaires avec Trump, tout en feignant de s’inquiéter. L’Égypte maintient le point de passage de Rafah fermé, se rendant complice du blocus. Le Qatar et la Turquie se posent en alliés de la Palestine, mais négocient à huis clos avec Tel-Aviv et Washington.

Tous ces pays peuvent arborer une solidarité de principe avec la Palestine. Mais dans les faits, ils sont terrifiés par cette cause et ils ne feront rien. Parce que leur priorité n’est pas la libération de la Palestine, mais la stabilité de leurs propres régimes. Plutôt que les crimes d’Israël, ce qu’ils craignent c’est que l’exemple de la lutte du peuple palestinien ne réveille leur propre peuple ou leur propre classe ouvrière. C’est pour ça qu’ils interdisent les manifestations, instaurent des couvre-feux et emprisonnent des militants pro-Palestiniens.

A nouveau, le génocide aura montré que la bourgeoisie arabe n’est pas l’alliée du peuple palestinien. Mais dans ce cas, la question qu’on doit se poser, c’est celle de savoir comment obtenir la libération de la Palestine, la vraie.

Pour une stratégie révolutionnaire pour la Palestine

Ces derniers mois, toute une génération, en Occident comme dans le monde arabe, a pu voir clairement que ni le droit international ni la diplomatie des Etat ne suffisaient pour mettre fin au génocide, à l’apartheid et à la colonisation. Bien sûr, les décisions récentes de la Cour internationale de justice et les mandats d’arrêt émis par la CPI ont participé à affaiblir Israël et à révéler son vrai visage au monde. Mais elles montrent en même temps leur impuissance.

Depuis la Nakba, le conseil de sécurité de l’ONU a adopté des centaines de résolutions contre Israël. Pas une n’a permis d’en finir avec l’oppression de la Palestine. Historiquement, le droit international s’est construit pour donner une enveloppe démocratique à la domination des États occidentaux sur le reste du monde. Il est très efficace pour garantir leurs intérêts, notamment lorsque les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU permettent de justifier l’invasion de la Bosnie, du Kosovo ou le bombardement de la Libye, soi-disant dans l’intérêt des peuples.

Mais, quand les intérêts des grandes puissances sont en jeu, ces leviers-là s’effacent. Jamais la CPI n’a condamné les crimes américains en Afghanistan et aucun tribunal international n’a exigé que les généraux français répondent des tortures commises en Algérie.

De la même façon, à l’heure où les dirigeants occidentaux trouvent un intérêt à ressusciter la fable de la solution à deux États, il faut répéter le bilan important qu’a tiré toute une génération de Palestiniens à l’épreuve des accords d’Oslo : aucun État palestinien ne peut prospérer à côté d’un État colonial, armé jusqu’aux dents, déterminé à s’étendre, et animé par l’idée que sa survie implique d’éliminer un peuple voisin.

Pour toutes ces raisons, la libération du peuple palestinien ne dépendra pas d’une décision juridique ou du choix d’instances internationales dont il est exclu. Elle ne pourra passer que par la lutte de l’ensemble des peuples de la région et des masses du monde entier.

En mai 2011, c’est le mouvement de masse égyptien qui, après avoir renversé Moubarak, a contraint le nouveau gouvernement à permettre la libre circulation des Gazaouis pour la première fois depuis 2007. Depuis octobre 2023, c’est le peuple jordanien qui se mobilise contre la normalisation avec Israël, notamment devant son ambassade, en dénonçant la lâcheté des gouvernements arabes, l’interdiction du drapeau palestinien et la répression policière. C’est là que se trouve l’énergie et la force d’en finir avec la situation coloniale en Palestine.

Il y a un vieux mot d’ordre du mouvement national palestinien, qui dit que « la route vers la libération de la Palestine passe par Le Caire, Amman et Damas. » C’est un mot d’ordre qu’on revendique en tant que révolutionnaires. Pas parce qu’on pense que les régimes réactionnaires égyptiens, jordaniens, syriens, ou même libanais ou iraniens, pourraient être des alliés de la lutte pour la libération de la Palestine. Mais parce qu’on croit que la fin de la colonisation elle passera par une révolution, menée par le peuple Palestinien en alliance avec les travailleurs et les classes populaires de la région, en Égypte, au Liban ou en Jordanie.

Cette lutte, elle se fera contre l’impérialisme et sa mainmise sur la région, contre les gouvernements complices d’Israël, mais elle devra aussi tendre la main aux travailleurs et à la jeunesse israélienne qui acceptent de rompre avec le sionisme, à l’image des jeunes refuzniks aussi minoritaires soient-ils aujourd’hui. C’est pour ça qu’on ne partage ni les méthodes, ni le programme, ni la stratégie du Hamas. Qu’on ne partage pas les illusions de ceux qui croient que le salut de la Palestine pourrait passer par une alliance avec l’État iranien aujourd’hui, Bachar al-Assad hier, au point parfois de légitimer la répression par ces régimes des luttes ouvrières et populaires.

La lutte du peuple palestinien est indissociable de la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme, et elle peut même en être un moteur fondamental. Comme Jabra Nicola et les révolutionnaires palestiniens de la Quatrième Internationale avant nous, on croit fermement qu’une Palestine libre, laïque et socialiste sur l’ensemble du territoire de la Palestine historique, une Palestine où juifs, musulmans, chrétiens et athées puissent vivre côte à côte, avec des droits égaux, dans une société entre les mains des travailleurs et des classes populaires, c’est possible. Et c’est même la seule perspective pour une véritable émancipation après des décennies d’oppression et de massacres.

Aujourd’hui, certes l’État d’Israël est radicalisé et d’une cruauté sans pareil, mais il faut voir qu’il est aussi affaibli sur la scène internationale. Malgré l’énorme force de frappe des puissances impérialistes, des millions de personnes, y compris des jeunes générations de juifs et juives, qui s’organisent par milliers aux Etats-Unis et dans le monde, savent dorénavant qu’Israël est une puissance coloniale barbare et il n’y aura pas de retour en arrière. Partout, le mouvement de solidarité s’est développé malgré les efforts des impérialistes pour l’écraser : des millions de personnes sont descendus dans les rues des capitales occidentales, et continueront à le faire.

Et par-dessus tout, Israël fait face à l’héroïsme d’un peuple qui ne veut pas mourir. De la grève générale de 1936 sous le mandat britannique, à la révolte des jeunes du quartier de Cheikh Jarrah en 2021, en passant par l’organisation des femmes des comités de secours de la Première intifada, les Palestiniens luttent avec un courage exceptionnel contre le colonialisme et les impérialismes du monde entier.

La situation extrême d’aujourd’hui, elle montre l’impasse du sionisme, un projet au travers duquel une partie des Juifs ont espéré échapper à l’antisémitisme européen et au traumatisme de la Shoah. Dans les années 1930, Trotsky, comme les socialistes juifs, décrivaient déjà cette illusion comme un « piège sanglant. » Un siècle plus tard, la crise en Israël, la déchéance morale de ses élites et la crainte d’une guerre civile qui s’avive, rappelle l’actualité de la maxime de Marx qui dit « qu’un peuple qui en opprime un autre ne pourra jamais être libre. »

Lutter contre le génocide et la criminalisation du soutien à la Palestine

Le courage du peuple palestinien nous oblige, ici, en France. Pas seulement par solidarité avec un peuple, mais aussi parce que la Palestine est aujourd’hui le catalyseur de tendances qui la dépassent très largement : le pourrissement du capitalisme et l’accélération autoritaire qui l’accompagne. Aux Etats-Unis, Mahmoud Khalil est en attente d’être expulsé et les étudiants des campus américains sont fichés, dénoncés et persécutés. En Allemagne, on perquisitionne des organisations pro-Palestiniennes. En Angleterre, on incarcère des dizaines de jeunes de Palestine Action qui se sont opposés aux usines d’armement.

En France, on dissout Urgence Palestine, une organisation fondée par des Palestiniens en exil et des prisonniers politiques qui ont affronté la détention arbitraire et la torture dans les geoles israéliennes comme Salah Hamouri. On interdit les manifestations et les réunions et on persécute Rima Hassan, Anasse Kazib, François Burgat, Jean-Paul Delescaut, Olivia Zemor et bien d’autres pour leur solidarité inébranlable avec Gaza.

Et il faut dire une chose : partout la violence de la répression, elle s’ajoute à l’infamie des accusations. Les régimes ne reculent devant rien : pour traîner dans la boue les soutiens de la Palestine, ils n’hésitent pas à instrumentaliser la lutte essentielle contre l’antisémitisme et à repeindre les héritiers politiques du nazisme, du fascisme et de la collaboration en protecteur des Juifs. Cette répression, c’est aujourd’hui la pointe avancée de la radicalisation autoritaire des démocraties libérales.

En France, ça fait dix ans qu’on vit sous état d’urgence et pas une année ne passe sans qu’un gouvernement n’adopte une loi répressive de grande ampleur. Dispositifs anti-terroristes, répression des manifestations, extension des pouvoirs de la police, assignations à résidence : peu à peu, tous les secteurs de la population y passent et font l’expérience de l’arbitraire du pouvoir. Cette accélération autoritaire, elle va s’intensifier à l’heure de la course à la militarisation, des tendances à la guerre et à l’armement.

Déjà, aux Etats-Unis, Trump organise la déportation de centaines de migrants vénézuéliens dans les prisons du Salvador, Darmanin réhabilite le bagne en annonçant la création d’une prison de haute sécurité dans la jungle guyanaise et Gabriel Attal veut enfermer toujours plus d’enfants. Si la répression du soutien à la Palestine est un catalyseur, c’est aussi un révélateur de ce que sont profondément les démocraties occidentales : des régimes bourgeois, prêts à liquider l’ensemble des principes qu’ils revendiquent si fièrement pour sauver un système à bout de souffle.
C’est la raison pour laquelle construire une riposte collective massive est indispensable, pour la Palestine mais aussi plus largement pour éviter la catastrophe.

Je milite au sein du Collectif d’action judiciaire, un groupe d’avocats et de juristes, qui a mis toutes ses forces au service de la défense des militants, en contestant les interdictions de manifester et les centaines de contraventions, en courant en garde à vue et en plaidant dans les tribunaux.
Avec mes camarades, on fait partie de cette génération qui s’est forgée dans le combat contre la loi Travail et aux côtés des Gilets Jaunes. Des 49-3 à répétition aux manifestants mutilés, on a rapidement compris que se contenter d’agiter les grands principes de l’Etat de droit n’était d’aucune utilité face à un régime prêt à tout pour se défendre.

Pour toutes ces raisons, on est convaincus que la lutte contre la répression ne peut pas se mener uniquement sur un terrain judiciaire.

Le 18 juin, on aura l’honneur de défendre Anasse Kazib et un autre militant de Revolution Permanente, poursuivis pour leur soutien au peuple palestinien. Il faudra être nombreux ce jour-là, parce que ce procès, on veut en faire une école de résistance face au régime. Car aujourd’hui exiger la relaxe de Anasse et de tous les autres, défendre le droit de militer pour la Palestine, c’est aussi empêcher à l’Etat d’aller plus loin.

C’est se donner les moyens de stopper sa course mortifère vers l’écrasement de la résistance de notre classe. C’est se donner les moyens d’obtenir la libération de Georges Ibrahim Abdallah, le plus ancien prisonnier politique d’Europe, retenu dans les geôles de l’Etat français depuis 41 ans. C’est se donner les moyens d’empêcher que demain d’autres syndicalistes soient poursuivis parce qu’ils honorent le meilleur la tradition du mouvement ouvrier, l’internationalisme, le refus de se ranger derrière son État.

Pour ça, on reprend à notre compte l’héritage de la défense politique et de la lutte révolutionnaire dans les prétoires. La tradition des avocats qui savent que faire face à la justice, ça fait partie de la lutte de classe. Qui savent que ce qui se joue n’est pas individuel mais compte pour l’avenir de tout notre camp social.

Celle des militants communistes comme Lénine qui, face à la répression tsariste, cherchaient à « s’adresser aux masses par-dessus la tête du juge. ». Celle de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, socialiste, internationaliste et anti-militariste, poursuivis pour leur lutte contre la guerre, qui déclaraient : « je suis ici pour accuser, non pour me défendre » ? Tous ces militants, ils ont démontré que la lâcheté politique ne paye pas.

Et je voudrais citer le manifeste des avocats qui ont défendu les militants du FLN face aux tribunaux français qui les condamnaient à mort :

« Devant l’ampleur de la protestation qui monte contre sa politique, le gouvernement français est réduit paradoxalement à multiplier le nombre de procès où sa politique est de plus en plus durement mise en cause. (…) Procureurs dits libéraux et Commissaires du gouvernement ultras s’interrogent : comment sortir gagnants, ne serait-ce qu’une fois, d’un procès politique ?

Et bien que leurs auxiliaires ne ménagent ni l’eau des baignoires, ni l’acétylène des chalumeaux, ni le courant électrique, chaque fois, et de plus en plus, les procès politiques tournent à leur confusion. Ces machiavels naïfs n’oublient qu’une seule chose, c’est qu’en face d’ennemis courageux un procès politique ne se gagne que lorsqu’on a raison.

Ils n’oublient qu’une chose, c’est qu’ils ont tort ».

Et puisqu’ils ont tort et qu’on a raison, qu’ils sachent que malgré leurs convocations, leurs gardes à vue et leur procès, jamais ils ne réussiront à nous briser, jamais ils ne réussiront à mettre fin à notre lutte pour la libération du peuple palestinien et de l’humanité toute entière !