Amende honorable.

Interview de Xavier HOUZEL

Par Joëlle Hazard

Question : Il y a 15 jours, vous avez affirmé qu’il n’y aurait pas de frappes…  Erreur de vision ?

Objectivement, je me suis bel et bien trompé ou plutôt  j’ai été « trumpé » : les israéliens et les Américains ont attaqué!  Avant même de connaître le résultat des frappes – et de savoir si le Guide Suprême était effectivement mort – j’en ai déduis que les négociateurs américains, messieurs Steve Witkoff et Jared Kushner, n’étaient que des marionnettes. Pour amuser le terrain. J’ai eu cette révélation dès avant-hier, en les voyant à Genève passer de l’Ukraine à l’Iran, alternant les deux sujets sans jamais s’appesantir, dans un ballet chaotique qui ne menait nulle part.

Ce qu’il est possible d’en conclure est alarmant. Le président Trump a caché son jeu. Il se fiche pas mal du nucléaire et des missiles balistiques – c’est sa fiole de Powell ; il n’a que faire de la population Iranienne. Il s’est moqué de nous sur toute la ligne.

Par « nous » je veux dire les 27 dirigeants de l’Union Européenne, la Grande-Bretagne, les monarchies du Golfe, tous des alliés traditionnels. Ce qu’il veut, à défaut du Groenland en apanage, c’est le territoire iranien, plateforme stratégique idéalement située dans un des centres de gravité de la planète, à équidistance de la Chine et de la Russie. `Rien que ça.

Je vous parie que l’affaire se terminera par l’installation en Iran d’un chapelet de bases militaires américaines. L’Amérique contrôlera non seulement le Gaz et le Pétrole du pays mais aussi le fameux Détroit d’Ormuz.

Question : Est-ce la guerre de Trump ou celle de Netanyahou ?

Il y a une convergence évidente d’intérêts et une osmose parfaite dans les deux sens entre les deux. Israël invoque sa survie, les Etats-Unis le danger existentiel que représente la Chine. Mais il existe une liste d’autres raisons plus personnelles, l’affaire Epstein et l’approche des élections de mi-mandat pour Trump, et un agenda judiciaire chargé pour Netanyahou avec la perspective d’une série d’enquêtes à venir sur l’avant et l’après 7 octobre. Ils se tiennent par la barbichette.

Plusieurs évènements risquent de passer inaperçus mais qui devraient pourtant alerter les chancelleries occidentales. La guerre ouverte déclenchée, il y a quelques jours à peine, par le Pakistan contre l’Afghanistan et qui augure de graves problèmes, à savoir un risque de fractionnement du pays au Sud en région pachtoune, de même qu’un phénomène analogue au Nord – avec les Kurdes et les Azéris, qui feraient volontiers sécession. Ce sont deux mèches lentes que la CIA et le Mossad manipulent volontiers.

Enfin des questions se posent sur la mollesse avec laquelle Donald Trump et ses mêmes deux négociateurs gèrent le problème de l’Ukraine, comme s’ils voulaient faire durer la guerre au Nord et occuper les Européens ailleurs… le temps pour Netanyahou de mettre définitivement la main sur le grand Israël et pour l’Amérique de s’approprier le Grand Moyen-Orient, avec son Pétrole et son Gaz et le contrôle de leurs routes.

Question : Toutes ces raisons semblent indiquer que l’on s’oriente vers une guerre longue ?

Le risque existe, compte tenu de la diversité des différentes composantes de l’Iran et de la superficie de ce pays limitrophe d’une quinzaine d’autres, y compris  les riverains du Golfe Persique et ceux de la Mer Caspienne, que cela finisse par une guerre civile générale ou par plusieurs conflits internes, sachant que ce n’est pas Reza Pahlavi qui parviendra à réunir des populations disparates derrière un même étendard. I

Il est probable que l’agression israélienne débutée en solo sous couvert de l’opération dite Lion Rugissant aura frappé les esprits en ravivant un sentiment patriotique chez de nombreux Iraniens.

Il ne faudra pas s’attendre à une guerre conventionnelle mais plutôt à des affrontements plus proches du terrorisme à la manière de l’État islamique et à une multiplication d’attentats antisémites à travers le monde.

Question : Il semble que vous ne faites pas amende honorable comme l’on pourrait s’y attendre, après votre erreur concernant la certitude de frappes ?

L’Histoire dira que l’Iran était prêt à d’énormes concessions à condition de ne pas être humilié. Le pays était ouvert à pratiquement toutes les demandes américaines s’agissant du nucléaire. Il était prêt à envisager de limiter la portée et le nombre de ses missiles balistiques dans le cadre d’une opération de démilitarisation globale, mutuelle et réciproque. Le médiateur omanais en attestera. Quant au Gaz et au Pétrole… cela allait de soi .

Il apparaît aujourd’hui, de l’aveu des dirigeants israéliens et américains eux-mêmes, que l’opération Bouclier de Juda » avait été décidée et méticuleusement préparée depuis de longs mois. Il n’était pas question de discuter.

Était-il nécessaire de la part des États-Unis d’Amérique de faire semblant de respecter le fameux droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de s’aventurer dans une parodie de diplomatie digne des Guignols de l’Info, de mentir par omission ? NON.

La question qui se pose désormais est celle de savoir si la parole américaine a encore quelque valeur.