Un cessez le feu dans une guerre asymétrique et dissymétrique

Qu’est ce ? Une victoire ? Pour qui ? Et comment ?

Comme le disait un ancien grand stratège et chef militaire chinois, la guerre n’est pas une affaire de moyens, mais une affaire de stratégie !

Avoir des moyens, sans stratégie claire et sans objectifs bien définis, et sans capacité d’anticipation, abouti à une perte ! Ne pas avoir des moyens mais définir une bonne stratégie, et des tactiques enlisant l’adversaire, abouti à une forme de victoire !

Une guerre asymétrique et dissymétrique oppose généralement des forces régulières à des forces irrégulières qui n’ont pas les mêmes moyens, et oppose des puissances qui ont des disparités importantes en termes de moyens techniques, technologiques et militaires.   

Si la partie « dominante » (qui dispose de moyens supérieurs en nombre et qualité, et affiche des objectifs de « guerre totale » de changement de régime, d’effondrement d’un pouvoir, de défection de l’armée, ou de pans d’un régime, de soulèvement populaire etc.), n’arrive pas, en dépit des moyens massifs qu’elle déploie à obtenir un changement stratégique et rapide, elle perd alors des points, et ne peut se vanter d’une victoire quand au bout de plusieurs semaines elle accepte un cessez le feu. 

Si la partie « dominée », en raison de la disparité des moyens, met en place une stratégie visant à encaisser (les régimes totalitaires et/ou autocratiques, et/ou messianiques ont une capacité d’encaissement que les démocraties rationnelles n’ont pas), et surtout une stratégie visant à entrainer la partie dominante sur son terrain de jeu afin de l’amener à une guerre d’usure et une guerre d’enlisement, avec des diversions qui s’avèrent plus que tactiques (instabilité sécuritaire de l’ensemble des pays du Golfe Arabe, le jeu déterminant du passage maritime du Détroit d’Ormuz etc.), elle peut revendiquer par le cessez le feu, une forme de victoire mais … à quel prix, humains et matériel !

N’a-t-elle pas résisté à une double attaque massive ? N’a-t-elle pas entraîné les parties dominantes vers l’enlisement ? N’a-t-elle pas affirmé, de facto, par le droit de la force et non la force du droit, et par le chantage du passage sélectif, une sorte de souveraineté et de domination de fait sur le détroit d’Ormuz, détroit qui échappe au droit international de la mer étant un passage étroit de 50 km de part et d’autres de deux rives, entre l’Iran et les Emirats et Oman ? 

La balance de la victoire ou celle de la défaite ne se mesure pas, dans l’art de la guerre, en pertes humaines et/ou matérielles. La Russie n’a-t-elle pas perdu des millions de victimes, des terres et des villes entières, dans son combat contre le nazisme et l’a finalement vaincu ?

En l’espèce, chaque partie va revendiquer « sa » victoire !

Les grands perdants de cet épisode guerrier qui légitime la notion, contestée en droit international, de la guerre préventive, sont:  a) le système des relations internationales, b) le droit international, et le droit international humanitaire (quand on voit le surdimensionnement, des « collateral damage », et les préjudices sur les civils, et les menaces sur les installations civiles, la déclaration du pape Leon XIV hier contre certaines déclarations menaçants les installations civiles, est un tournant), c) la force morale et éthique des valeurs démocratiques qui sont et doivent rester les nôtres, d) la force du droit au profit du droit (barbare) de la force etc.

Toute analyse rationnelle et objective, devient rapidement aujourd’hui suspecte auprès des têtes brûlées, des deux camps, et dans ce Moyen Orient dominé ces jours-ci par les logiques messianiques irrationnelles qui ne s’expriment que par des « instincts » et point par des « intelligences humaines » !

L’analyse rationnelle reste néanmoins nécessaire et une promesse d’espérance pour sauver l’humanité des dérapages ténébreux !

Toutes ces actions guerrières qui s’affranchissent de part et d’autre, de toute contrainte juridique et morale, et vont par saccades vers l’anéantissement totale de l’adversaire, et de l’autre, sans se soucier du nombre de plus en plus significatif et immoral des victimes collatérales, ne font que légitimer les actions des puissances ténébreuses et expansionnistes qui ne demandent que cela: utiliser ces précédents qui légitiment le « droit de la force » au détriment de « la force du droit » !

Dans tout cela, et au-delà d’un voeux de paix pour tous, je ne souhaite qu’une chose aujourd’hui: faire sortir le Liban des Cèdres, le Liban éternel, le Liban des lumières, Le Liban des arts et des lettres, du trou dans lequel il est actuellement !

Kyrie eleison !

Par Maître Carol Saba