💥Les tensions entre Islamabad et Kaboul n’ont jamais été aussi vives. Le Pakistan accuse les Taliban afghans de laisser le champ libre aux groupes terroristes comme le TTP, qui mènent des attaques depuis l’autre côté de la frontière. En réponse, Islamabad multiplie les frappes aériennes sur le sol afghan, une escalade qui rappelle les pires moments des décennies passées. De son côté, Kaboul nie toute complicité et dénonce une violation de sa souveraineté, tout en refusant de reconnaître la ligne Durand pour rattacher les populations pachtounes pakistanaises.
Selon Nato Tardieu, directeur du département cartographie de l’Iega, derrière ce bras de fer, une crise humanitaire se profile : le Pakistan a expulsé près de deux millions d’Afghans en un an, aggravant les fractures entre les deux pays. Mais dans l’ombre de ce conflit, un troisième acteur émerge : le Tadjikistan. Contrairement à ses voisins, Douchanbé a choisi une ligne ferme contre les Taliban, devenant le seul pays d’Asie centrale à les condamner ouvertement. Ce positionnement lui vaut des alliances inattendues, entre bases militaires russes et chinoise, et coopérations discrètes avec l’OTAN.
🌍 Cette rivalité régionale s’inscrit dans un jeu plus large : la concurrence sino-indienne pour le contrôle de l’Asie centrale et du Sud. Pékin mise sur le corridor Kashgar-Gwadar, un projet phare de sa Belt and Road Initiative (BRI), pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques et contourner le détroit de Malacca. Le Pakistan, allié historique de la Chine, en est le principal bénéficiaire, mais aussi un partenaire stratégique dans la lutte contre l’influence indienne.
🇮🇳 De son côté, l’Inde a longtemps soutenu le gouvernement afghan avant la prise de pouvoir des Taliban, et continue d’entretenir des relations avec les factions modérées. Elle mise sur le Tadjikistan pour contrer l’influence chinoise, en développant des projets d’infrastructures et en renforçant sa coopération militaire. New Delhi craint qu’une alliance renforcée entre Pékin, Islamabad et Kaboul ne marginalise son rôle dans la région.
🇨🇳 À l’inverse, la Chine voit dans le Pakistan un rempart contre l’expansion indienne et un relais pour étendre son influence en Asie du Sud.
🔎 Cette nouvelle carte produite par Nato Tardieu est extraite de notre ouvrage collectif à paraître en septembre prochain aux Éditions Ellipses.
Par IEGA – Institut d’études de géopolitique appliquée
