L’Iran tacle Barrot 

Par Éva Craine avec AFP

Le porte-parole de la diplomatie iranienne a accusé le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot de se mêler de ce qui ne le regarde pas.

Des déclarations jugées provocatrices. Téhéran a fustigé ce lundi 2 février les propos du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui avait estimé dimanche que l’Iran devait « se résoudre à des concessions majeures » si le régime voulait éviter une possible intervention militaire américaine et avancer vers une désescalade diplomatique.

« La France n’a aucune légitimité, ni légale ni morale, pour intervenir ou commenter un processus diplomatique », a répondu au ministre français le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï. Ce dernier a aussi estimé que la France a pour « habitude » d’« agir comme un facteur perturbateur dans tout processus diplomatique », d’après des propos rapportés par l’agence Irna.

Après des informations concernant des manifestants abattus, Jean-Noël Barrot avait déjà dénoncé mi-janvier « la répression la plus violente dans l’histoire contemporaine de l’Iran ».

Cette montée de tension avec Paris survient alors que l’Union européenne a choisi, la semaine dernière, d’inscrire les Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. En réponse, les ambassadeurs européens en poste à Téhéran ont été convoqués. « Une mesure minimale » avant l’annonce prochaine d’autres représailles, a averti lundi Esmaïl Baghaï.

Des discussions prochaines entre Téhéran et Washington

L’Iran a par ailleurs finalement appelé à l’ouverture de discussions avec Washington sur le dossier nucléaire. Le régime menaçait pourtant la veille d’une « guerre régionale ». Soufflant le chaud et le froid depuis plusieurs jours, le président américain Donald Trump s’est dit pour sa part confiant sur la possibilité d’un accord.

« Les pays de la région servent de médiateurs pour l’échange de messages », a expliqué lundi le porte-parole Esmaïl Baghaï, alors que l’Iran et les États-Unis n’ont plus de relations diplomatiques depuis quatre décennies. Des consultations ont ainsi eu lieu avec l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie.

« Nous examinons et finalisons les détails de chaque étape du processus diplomatique, que nous espérons conclure dans les prochains jours. Cela concerne la méthode et le cadre de travail », a précisé Esmaïl Baghaï, lors d’une conférence de presse.

Selon l’agence Tasnim, citant une source bien informée, le lieu et la date n’ont pas encore été fixés mais les discussions se dérouleront probablement au niveau d’Abbas Araghchi et Steve Witkoff, respectivement chef de la diplomatie iranienne et émissaire américain.

Des négociations entre les deux pays ennemis s’étaient tenues au printemps 2025, avant la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël, mais elles avaient notamment achoppé sur la question de l’enrichissement d’uranium. Les États-Unis demandaient que l’Iran y renonce totalement, ce à quoi Téhéran se refuse, défendant ce qu’il dit être son droit en vertu du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont il est signataire.

Arrestation d’étrangers et ambassadeurs convoqués

À Téhéran pendant ce temps, la répression se poursuit : quatre ressortissants étrangers, dont la nationalité n’a pas été précisée, ont été arrêtés pour « participation aux émeutes », selon la télévision d’État. « Il n’y a pas à ma connaissance de Français parmi eux », a déclaré lundi Jean-Noël Barrot, lors d’un déplacement à Toulouse.

D’après l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), établie aux États-Unis, plus de 42 000 personnes ont été arrêtées lors du mouvement. Elle a par ailleurs pu confirmer 6 842 morts, dont une majorité de manifestants. Mais le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17 000 décès en cours d’examen.

Les autorités iraniennes reconnaissent la mort de milliers de personnes mais affirment que la grande majorité étaient des forces de sécurité ou passants tués par des « terroristes ». Une opération orchestrée selon Téhéran par les États-Unis et Israël, ses ennemis. La présidence a publié les noms de 2 986 personnes tuées, sur une liste de 3 117 morts. Les 131 restants n’ont pas encore été identifiés, selon un communiqué.