L’EUROPE SE MOUILLERA-T-ELLE POUR LE GROENLAND ?

Le lendemain de l’opération militaire américaine d’enlèvement à Caracas du président vénézuélien, Katie Miller, l’épouse du secrétaire général adjoint de la Maison Blanche, a partagé, sur le réseau social X, le 3 janvier 2026, une carte du Groenland aux couleurs du drapeau américain, assortie d’une légende lapidaire : « SOON » (bientôt).

Le message de Katie Miller doit être pris sérieux. Ce n’est pas une fofolle textant les lubies qui lui passent par la tête. C’est une militante républicaine de haut niveau, diplômée de deux universités américaines, qui travailla pour le parti dès 2014, pour parvenir à la fonction importante de patronne de la communication de la vice-présidence, sous la première administration Trump. En février 2025, le 47ème président des Etats-Unis la nomma membre du PIAB (President’s Intelligence Advisory Board), la structure d’une douzaine de personnes qui le conseille, au sein de la Maison Blanche, sur les questions de renseignement.

En réaction à ce tweet provocateur, Mme Mette Frederiksen, premier ministre du Danemark, royaume qui possédait déjà l’île du Groenland lorsque les Etats-Unis proclamèrent leur indépendance, a publié un communiqué sur Facebook exigeant de Washington d’arrêter de parler d’annexer ce vaste territoire glacé.

Situé au nord-est du continent nord-américain, grand comme quatre fois la France, mais peuplé de seulement 55000 habitants, le Groenland, distant de 35 kms du territoire canadien, et de 2000 kms du territoire russe, possède un intérêt stratégique évident pour une Amérique ressuscitant la doctrine Monroe, et soucieuse de défendre, face à toute incursion étrangère, l’« hémisphère occidental », qui va de l’Alaska à la Terre de Feu.

Le fait que le Groenland recèle 1,5 million de tonnes de terres rares sur son territoire (contre 2 millions aux Etats-Unis, et 44 millions en Chine), n’est, en outre, pas indifférent au président américain.

Comme McKinley et Théodore Roosevelt, les deux seuls présidents cités dans son discours inaugural du 20 janvier 2025, Trump est fasciné par les territoires et les kilomètres carrés. Que la Russie, avec ses 17 millions de km2, soit plus vaste que les Etats-Unis, le contrarie. Si le Canada et le Groenland rejoignaient, d’une manière ou d’une autre, le territoire américain, Washington disposerait d’un territoire continu de 22 millions de km2, ce qui rendrait incontestablement l’Amérique « great again ». Être le plus grand du monde, pas seulement par son économie et son armée, mais aussi par son territoire…

Le royaume du Danemark a beau avoir décidé tout récemment de maintenir sa commande d’avions de chasse F-35 à l’Amérique, cette dernière persiste à le traiter avec une certaine désinvolture. En 2021, à un conseiller de l’Elysée qui lui vantait les mérites de l’idée macronienne d’« autonomie stratégique européenne », Mme Frederiksen avait sèchement répondu que son pays se sentirait toujours plus proche de Washington que de Paris. Il y a parfois des phrases qu’on doit regretter d’avoir prononcées…

Le statut juridique du Groenland est compliqué. Territoire autonome, constitutif du Royaume du Danemark (qui y conserve ses prérogatives en matière de relations extérieures, de défense et de sécurité), le Groenland avait adhéré en 1973 avec le Danemark à la CEE (désormais Union européenne). Mais le territoire autonome décida, douze ans plus tard, par référendum, de la quitter. Il ne fait donc plus partie de l’UE. Mais, en tant que sujets du Roi du Danemark, ses habitants demeurent des citoyens européens.