Le grand écart

« Dom Pérignon » magnum autour de la piscine et cinquante dollars pour le voiturier, d’un côté…

Pain sec à la chandelle sous un toit suintant de l’autre…

Ce grand écart au Liban ne présage rien de bon.

Les uns estiment qu’entre Awkar et Hamate ce sera la nouba chaque soir et que le dollar continuera à couler, que la « pax americana » est pour demain. 

Les autres « résistent » aux bombes et à la terreur en attendant la Paix Divine promise.

Entre indépendance et dépendance, le pays du lait et du miel tient encore le coup contre vents et marées avec ses guerres fratricides, toujours celles des autres, ses alliances contre nature mais avec la même résilience face aux chocs les plus violents.

Mais, comment supporter ce grand écart qui se creuse de jour en jour en espérant encore une paix durable et un avenir meilleur ?

Avec la triste constatation que la haine de ce jour est au plus haut point et qu’aux pires moments de la guerre dite civile de 1976 elle n’avait jamais atteint les records d’aujourd’hui.

A l’époque, des Libanais s’entretuaient, chaque camp avec son allié de l’extérieur, mais les murs de la haine n’étaient pas aussi élevés puisque les bonnes âmes parvenaient toujours à éviter le pire par des rencontres et aux moments les plus difficiles.

Les choses ont bien changé depuis puisque l’on trouve de chaque côté des partisans plus farouches que les alliés (non-libanais…) du camp adverse…

Triste constatation qui anéantit l’espoir des plus optimistes, ceux qui pensent encore que la République redeviendra riche et généreuse permettant une survie digne et permanente.

Mais que peut-on espérer d’autre qu’un Liban exsangue, des Libanais impuissants et démunis condamnés à vivre sur une horrible mosaïque où régnera encore la loi du plus fort.

On peut bien parier sur des élites capables de récupérer miettes et survivants pour refaire un vrai pays du cèdre.

On peut résister à l’écartèlement du grand écart mais cela est-il possible quand on est au-dessus du gouffre ?

                                                                                                                                                     E.M.