Irak. Le dernier chantier extravagant de Saddam Hussein

Irak. Le dernier chantier extravagant de Saddam Hussein
Le chantier de la mosquée dite de « Saddam-Le-Grand » Chloé Sharrock

Orient XXIJuste avant l’invasion américaine de l’Irak, et alors que le pays est toujours sous embargo, Saddam Hussein lance la construction d’une gigantesque mosquée près de Bagdad. Il fait appel à l’architecte français Jacques Barrière qui raconte l’histoire du caprice hors de prix d’un président sur la fin.

La cravate bleue soigneusement ajustée, Saddam Hussein se veut grave devant la caméra. Sous le regard à la fois ébahi et apeuré de deux généraux du parti Baas, il lance :

“On m’a demandé pourquoi je n’achetais pas de la nourriture au lieu de consacrer autant d’argent à l’architecture, au lieu de bâtir des palais, des mosquées… À cela, je veux répondre que si nous dépensions tout notre argent pour du pain, nous en aurions plus qu’il n’en faut. Mais lorsqu’on se contente de manger, on finit par se transformer en ver ou en poulet.”

Malgré l’embargo qui étrangle son pays depuis 1990, le dictateur irakien avoue sur la chaîne nationale irakienne sa passion pour les projets démesurés et l’architecture majestueuse. Peu importe que le salaire moyen soit de trois dollars par mois (2,46 euros), que l’inflation soit très élevée et que des millions de familles vivent seulement du petit panier de provisions que l’État fournit : Saddam Hussein n’en a cure.

En 1998, pour ses 61 ans, le président aménage le lac-réservoir d’Al-Tharthar, au nord de Bagdad, et y construit un complexe touristique. On y découvre des pyramides surmontées de coupoles dorées et liées par des arches de marbre beige et rose. Des bus acheminent des centaines de visiteurs, forcés d’admirer ce nouveau projet pharaonique qui n’est pas une exception. De son vivant, Saddam Hussein aurait fait construire pas moins de 200 palais à Bagdad et 1000 dans tout le pays, dont d’immenses complexes souterrains. Mouaffak Al-Ta’i, son conseiller en architecture, dira après sa chute qu’il était « palais addict ».

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