L’ART DU POSSIBLE…

La politique est, dit-on, l’art du possible.  Est-ce vrai ?

La réponse implique de définir ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Mais qui le fera, quand et comment ?

Au lendemain des récentes négociations libano-israéliennes à Washington, on ne peut malheureusement ni convenir d’une telle définition et encore moins considérer –comme certains le clament déjà – que ces 48 heures américaines offrent au Liban ce qui est actuellement «possible», avec plus de chances d’aboutir à une paix en comparaison avec  celle  engendrée par l’accord libano-israélien mort-né en 1982.  

A l’époque, cela était une reddition et non une négociation, l’armée israélienne étant déployée dans plusieurs régions libanaises notamment dans la banlieue beyrouthine (occupée) de Khaldé où les négociateurs se réunissaient un jeudi sur deux. Un jeudi   au Liban et le prochain dans la localité frontalière israélienne de Kyriat Shmona. 

Là, ce qui était « possible » n’était pas suffisant pour régler le problème puisqu’à l’époque ce sont les GI’s de la 6e flotte US qui ont procédé à l’évacuation vers Tunis des combattants de Yasser Arafat encerclés, trois mois durant, par les « Merkava » d’Ariel Sharon dans ce que l’on appelait alors Beyrouth-Ouest. 

Ce plan était alors imposé par le légendaire Henry Kissinger et c’était là encore « l’art du possible ».

Aujourd’hui à Washington, c’est de nouveau l’Amérique de Donald Trump – toujours juge et partie – qui prétend régler un problème libanais encore plus ardu.  Toujours en vertu de ce sacro-saint principe. 

Il serait superflu de rappeler ici les diverses et autres vaines tentatives de sauver le pays du cèdre d’une guerre que d’aucuns affirment ne pas avoir voulu alors que d’autres jurent qu’il s’agissait d’une nouvelle résistance (libanaise cette fois-ci) à l’invasion israélienne permanente et persistante.

 Dès lors, impossibilité de tout contact entre Libanais des deux camps. 

Avec à ce moment là les composantes chrétiennes contre la communauté chiite sous la bannière du Hezbollah, tout comme jadis la partie chrétienne face à la communauté sunnite qui faisait bloc à l’époque avec ce que l’on qualifiait de palestino-progressiste.

Ainsi va – ou ne va pas du tout – le Liban depuis l’indépendance… 

Avec une guerre chaque quinze années « qui n’a pas été voulue » puisqu’à chaque fois c’est « la guerre des autres », pour reprendre le titre d’un inoubliable éditorial du grand Ghassan Tuéni.

Un titre qui nous rappelle celui d’un édito plus lointain de Georges Naccache clamant que « deux négations ne font pas une nation»… 

Une sorte de fatalité insurmontable, une malédiction.

Un dilemme toujours présent que ni la politique ni son « art du possible » ne pourront hélas trancher.

                                                                                                                                          E.M.