La situaion au Liban, analyse par Meguerdiche Bouldoukian, ancien vice-gouverneur de la Banque du Liban

L'aide au Liban

Depuis la fin des années 50 jusqu’en2019, le secteur bancaire libanais a constitué un levier majeur pour l’économie libanaise, et a transformé Beyrouth en un important pivot financier au Moyen-Orient attirant l’attention des pays arabes du Golfe et de L’Occident, grâce à son secret bancaire qui a séduit les financiers et les grands capitalistes.

L’Analyse de M. Meguerdiche Bouldoukian, ancien vice-gouverneur de la Banque du Liban ( Banque centrale)

Au fil des années, le secteur bancaire libanais, tout comme les secteurs bancaires internationaux, a connu de nombreux « hauts et bas » et a été impacté par les faits politiques ainsi que par les troubles sécuritaires des années 70 (la guerre civile). En outre, il a ensuite été affecté par les guerres israéliennes contre le Liban et les assassinats politiques en 2005, notamment l’assassinat de l’ancien Premier ministre Libanais Rafic Hariri.

Grâce à l’audace des administrations des banques, à leur adhérence aux normes bancaires internationales et, surtout, à la présence d’une banque centrale forte, les banques libanaises ont réussi à maintenir une période de croissance durant la phase de stabilité politique qu’a connue le Liban entre les années 2007 et 2011, malgré le tumulte brûlant ravageant tous les pays voisins. Cette croissance a duré du début de 2019 jusqu’au troisième trimestre, lorsque le secteur bancaire s’est effondré soudainement et d’une façon spectaculaire. À la suite de cette grande chute, les banques ont cessé de verser aux déposants leur argent, ont adopté une politique de « rationnement » et ont fixé des limites aux retraits. La situation des banques s’est aggravée après la découverte que la Banque du Liban avait subi de lourdes pertes financières, après une baisse importante de la liquidité des banques et suite au déficit des finances de l’État qui a cessé de payer ses redevances externes.

Depuis 2019, et comme nous l’avons susmentionné, la crise bancaire s’est aggravée et amplifiée, le rythme de l’effondrement financier s’est accéléré et les crises de la vie et des moyens de subsistance des Libanais a augmentée.

Au cours des trois dernières années, la politique a joué un rôle néfaste qui a contribué à l’exacerbation de la crise du secteur bancaire et des autres crises, alors que le niveau d’instabilité politique a augmenté au niveau général du pays, perturbant le travail des institutions constitutionnelles et des administrations et diminuant le volume de la confiance locale et internationale envers le Liban. Il est à noter que l’augmentation du niveau des conflits politiques internes a contribué à entraver toute prise de décision pouvant sauver le pays et le peuple.

Aujourd’hui, alors que nous sommes sur le point d’élire un nouveau président de la République (en octobre), les Libanais espèrent de nouveau pouvoir sortir des crises qui les ont épuisés ces trois dernières années, à condition que nos politiciens choisissent le président approprié, qui jouit de la confiance des Libanais et du monde entier, qui est capable de réunir Les Libanais autour d’un seul projet politique national de sauvetage et qui puisse prendre des décisions incorrompues et s’éloigner des corrompus. Sur ce, les Libanais, ainsi que la communauté internationale, observent de près les élections présidentielles au Liban, tout en espérant qu’elle se tiennent à temps, afin que le Liban puisse bénéficier d’une opportunité supplémentaire pour commencer à affronter ses graves crises et notamment la crise bancaire. Certains au Liban craignent que les élections présidentielles soient perturbées et que ce retard impacte l’ensemble de la situation libanaise.

Qu’en est-il des répercussions de cette perturbation, à Dieu ne plaise, sur le secteur bancaire en particulier ?

Il va de soi que toute crise politique majeure, comme la crise du vide présidentiel a des répercussions négatives sur la situation générale du pays et affecte toutes les composantes de l’économie, notamment la composante bancaire, car ce secteur est touché plus que d’autres secteurs économiques par le facteur de stabilité politique et de stabilité sécuritaire. Tout changement dans l’un de ces deux facteurs expose les banques à toutes sortes de risques, notamment la perte de la « confiance », qui reste le garant le plus solide de la banque.

Tout retard dans l’élection d’un Président de la République selon les délais constitutionnels signifie, franchement et clairement, une augmentation des risques pour le secteur bancaire et ceci se reflète également sur la sécurité des dépôts menant à la transformation du Liban en une île économiquement isolée.

Le vide présidentiel signifie : premièrement, l’arrêt de l’audit pénal dans les crimes et le pillage de l’argent public, deuxièmement, l’arrêt de la mise en œuvre du plan de relance économique, et cela mène directement à la non-exécution de l’accord avec le Fonds Monétaire International et troisièmement, la perte de confiance locale et mondiale et la perte des dépôts bancaires à l’étranger dans les banques correspondantes… Tous ces résultats montrent l’ampleur des dégâts considérables qui seront infligés au secteur bancaire si le pays entre dans une phase de crise de vide présidentiel.

En conclusion, le Liban fait face à l’événement politique le plus important de son histoire. Si les élections présidentielles se tiennent à temps, elles peuvent restaurer la confiance et par conséquent commencer la libération de ses crises, mais, si les élections n’ont pas lieu, « à Dieu ne plaise », il faut s’attendre à davantage de crises et à l’aggravation de leurs répercussions politique et économique, bancaire, sociale et sécuritaire.

Le Liban est à un croisement de routes plein de dangers auxquels tout le monde est confronté, ce qui nous oblige tous à se hisser au niveau des défis et des risques et à commencer à fournir des politiques et des mécanismes pour les affronter afin de sortir de l’état de misère et de désintégration dans lequel nous vivons.