Chronique d’Ahmad El-Husseini


Un accord mort-né

L’accord présenté à Washington a été célébré dans certains milieux comme une percée diplomatique, un cadre longtemps attendu pour stabiliser le front sud du Liban et apporter un semblant d’ordre à un pays qui en a connu si peu. Cette célébration s’est révélée prématurée. Ce qui a été annoncé à Washington apparaît progressivement pour ce qu’il était à Beyrouth lors des négociations.

Pour Donald Trump, la tentation est évidente. Il veut un autre trophée au mur, l’un de ceux qui, dans son esprit, le rapprocherait du prix Nobel de la paix, et une nouvelle paix proclamée entre deux pays qui n’ont jamais été véritablement en paix. Il veut pouvoir se vanter une fois de plus d’avoir accompli ce que les administrations précédentes n’avaient pas réussi à obtenir. Qu’on le présente comme le dernier d’une série d’arrangements régionaux de « paix » ou comme une nouvelle extension de la logique des accords d’Abraham, le besoin politique à Washington reste le même : un titre, une cérémonie, et une revendication de succès historique. Mais le Liban ne peut se permettre de devenir la matière première d’un nouveau coup diplomatique factice. Un engagement américain à long terme ne vaut que ce que les faits qu’il est prêt à faire respecter valent. Et les faits sont clairs : Israël ne se comporte pas comme un État cherchant un règlement permanent avec le Liban. Il se comporte comme un État cherchant la syrianisation de l’espace aérien et du territoire libanais, préservant la liberté de frapper quand il le souhaite, où il le souhaite, et appelant ensuite cette liberté « sécurité ». Un arrangement unilatéral par toute définition honnête.

Lorsque l’ambassadeur Simon Karam, représentant civil du Liban dans les pourparlers médiatisés par les États-Unis avec Israël, et l’équipe de sécurité libanaise ont conclu leurs travaux, ils avaient produit un texte à peine acceptable, mais susceptible de résister à un examen libanais. Il ne résolvait pas toutes les ambiguïtés et n’écartait pas tous les dangers, mais il préservait les deux éléments sans lesquels aucun accord ne pouvait être défendu au pays : un séquençage approprié et le vocabulaire minimal de la souveraineté. Les obligations israéliennes — notamment le retrait des positions restantes, la cessation des violations de l’espace aérien et un véritable cessez-le-feu — devaient précéder ou accompagner la mise en œuvre libanaise. Le texte évoquait encore le retrait israélien, la souveraineté libanaise et l’autorité de l’État sur son propre territoire — des termes qui semblent curieusement dilués, déplacés ou absents dans le script final de Washington. Dans la version beyrouthine, l’armée libanaise se déploierait au sud une fois les conditions de ce déploiement garanties, et non avant. L’État se présenterait comme un acteur souverain rétablissant l’ordre selon ses propres termes, non comme un mécanisme d’application au service des priorités sécuritaires d’Israël.

Ce texte, selon des sources crédibles, n’a pas survécu au voyage vers Washington. Ce qui en est ressorti inverse entièrement la séquence. Le Liban agit en premier. L’armée se déploie en premier. Le Hezbollah se retire et est exclu des zones désignées en premier. Les obligations d’Israël, en revanche, sont qualifiées, conditionnelles et soumises exclusivement à la discrétion israélienne. L’ordonnancement — qui dans le paysage politique libanais n’est pas une note de bas de page procédurale mais la substance même de tout arrangement sécuritaire — a été inversé quelque part entre Beyrouth et la capitale américaine.

Quiconque est familier de l’histoire libanaise contemporaine reconnaîtra immédiatement le danger. L’accord de mai 1983, encore désigné simplement sous le nom du 17 mai, s’est effondré non parce que les dirigeants libanais ne voulaient pas la paix, mais parce que le séquençage qu’il imposait était politiquement intenable au pays. Il demandait à l’État libanais de livrer des concessions avant que les conditions qui auraient rendu ces concessions défendables ne se soient matérialisées. Le résultat fut l’implosion inévitable de l’accord sous le poids de ses propres contradictions internes, suivie d’années de conflit approfondi.

Le texte actuel, que certains décrivent comme mort-né, reproduit la même erreur avec encore moins de marge de récupération. Le Liban de 2026 n’est pas le Liban de 1983. L’État est plus faible, l’exposition politique de l’armée est plus grande, et le public intérieur susceptible de rejeter tout accord qui semble servir le séquençage et les desseins israéliens au détriment de la souveraineté libanaise est plus vigilant et plus organisé qu’il ne l’a jamais été.

L’encre n’était pas encore sèche qu’Israël fournissait le premier test dévastateur du nouvel arrangement. Dans les heures qui ont suivi la célébration publique par Aoun du cadre de Washington comme d’une réalisation historique, Israël a fait ce qu’il fait si souvent au Liban : il a rappelé aux Libanais qu’il est moins intéressé par quelque forme de paix que par les forcer à se diviser sur les termes de tout accord avec lui. Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont tué des militaires libanais, dont le général Sabra, un capitaine et un soldat, peu après l’annonce du cessez-le-feu de Washington. Israël a déclaré que le véhicule militaire se déplaçait de manière suspecte et que l’incident était à l’étude ; nous devrions tous trouver un réconfort dans une telle enquête. L’armée libanaise a condamné l’attaque comme faisant partie d’une agression israélienne répétée visant à saper les efforts de cessez-le-feu et de retrait. Le symbolisme était brutal. L’armée même à qui il était demandé de mettre en œuvre la nouvelle architecture sécuritaire était attaquée par l’État dont les obligations que le texte de Washington laisse conditionnelles et discrétionnaires.

L’incident était la quintessence du problème. Israël refuse de discuter de l’architecture plus large qui rendrait la paix significative : le rétablissement de l’Accord d’armistice de 1949, la fin des violations quotidiennes, la fin des assassinats et des frappes de routine, et la reconnaissance que la souveraineté libanaise ne peut coexister avec une discrétion israélienne permanente depuis les airs. Si Israël conserve le droit d’interpréter, de frapper, de réviser et de passer à autre chose, tandis que le Liban est invité à se déployer, à exercer une police et à absorber les conséquences, alors l’accord expose l’armée libanaise à l’asymétrie même que le texte beyrouthin original était censé prévenir.

Il existe quatre explications plausibles à la manière dont le texte a changé en transit entre Beyrouth et Washington, et aucune n’est rassurante. Joseph Aoun peut avoir approuvé lui-même les modifications, délibérément ou sans avoir pleinement saisi ce qui avait été cédé. Dans ce cas, il a agi en dehors des limites de l’ordre constitutionnel de Taëf, qui n’accorde pas à la présidence une autorité unilatérale sur les questions de guerre et de paix. Il se peut également qu’il n’ait pas du tout autorisé les changements, mais qu’il ait simplement perdu le contrôle du dossier à son stade final — ce qui n’est pas moins grave sur le plan constitutionnel. Une troisième possibilité est centrée sur l’ambassadrice Nada Hemadeh à Washington, qui aurait pu transmettre ou faciliter les préférences américaines sans les faire remonter à l’équipe de négociation, au Premier ministre ou au Conseil des ministres. La quatrième explication, et la plus structurellement préoccupante, est qu’un réseau politico-financier libanais, offrant ses services pour le compte d’Israël, avec de forts intérêts à s’aligner sur les objectifs stratégiques américains et israéliens, s’est introduit dans la phase finale du processus et a contribué à remodeler l’issue. Antoun Sehnaoui, à qui Mme Hemadeh doit sa nomination, et les cercles qui lui sont associés ont été mentionnés dans ce contexte et devraient être examinés dans le cadre de toute reconstitution sérieuse de la manière dont le texte final a émergé. Si ce récit tient, un dossier souverain de sécurité nationale a été modifié non par des gouvernements mais par des acteurs privés opérant en dehors de tout mandat constitutionnel.

Ces possibilités ne sont pas mutuellement exclusives. Quelle que soit la combinaison qui a produit le texte final, le préjudice institutionnel est déjà mesurable. Le Premier ministre Nawaf Salam, s’il n’a pas été pleinement informé avant que l’accord ne soit présenté à Washington, a été effectivement exclu d’une décision qui appartient de plein droit à l’exécutif collectif. L’ambassadeur Karam a peut-être représenté le Liban dans une piste de négociation pour se voir ensuite présenter un autre texte comme un fait accompli. Et les Forces armées libanaises — l’institution que les partenaires occidentaux du Liban ont passé des années à cultiver comme le visage légitime de l’autorité étatique au sud — sont désormais invitées à exécuter un mandat qui pourrait les faire apparaître, aux yeux d’une large et politiquement active frange de leur propre société, comme les agents d’application des conditions sécuritaires israéliennes plutôt que comme les gardiens de la souveraineté libanaise.

Les commandants militaires comprennent ce problème. Il ne sera pas résolu par le fait qu’un texte a été modifié puis signé. La condamnation par Aoun de la frappe comme une violation de la souveraineté libanaise et du droit international était incontournable, mais loin d’être suffisante. La condamnation n’est pas une politique. S’il n’utilise pas maintenant la mort des officiers et soldats libanais pour rouvrir la question du séquençage, exiger une retenue israélienne contraignante et refuser de placer l’armée dans des zones où Israël conserve une autorité de tir discrétionnaire, la déclaration sera lue comme une protestation rituelle après une capitulation stratégique. Ceci marque peut-être le début de l’épreuve de vérité pour Aoun : le moment où son empressement à présenter une percée diplomatique se heurte à la réalité qu’Israël n’a pas du tout accepté la logique de la souveraineté libanaise.

Les conséquences stratégiques vont plus loin. Une part substantielle de la société libanaise y verra un cadre conçu de l’extérieur qui exige que l’État libanais assure la conformité interne tandis qu’Israël conserve la liberté d’action militaire — y compris la discrétion de déterminer quand et si ses propres obligations s’appliquent. Le Hezbollah et ses alliés ne manqueront pas de relever le parallèle avec 1983. Ils l’exploiteront, et ils trouveront dans le texte actuel un outil bien plus utile à leur narrative que quoi que ce soit qu’ils auraient pu construire indépendamment.

Le risque plus profond est une cisjordanisation rampante du Liban, que Marco Rubio, secrétaire d’État américain, aspire secrètement à reproduire : non pas une confrontation militaire ouverte, mais quelque chose de plus lent et de plus corrosif. Des zones de souveraineté conditionnelle. Une conformité supervisée. Des institutions libanaises fournissant la couche administrative d’un ordre sécuritaire défini de l’extérieur. La discrétion israélienne persistant indéfiniment sur les modalités de son propre retrait. Ce n’est pas une architecture de paix. C’est une dépendance gérée habillée dans le langage de la normalisation.

Les gouvernements occidentaux et les partenaires internationaux qui ont massivement investi dans la stabilisation du Liban devraient voir clairement ce que cette trajectoire signifie. Un accord qui ne peut être défendu au niveau intérieur comme une position libanaise souveraine ne stabilisera pas le Liban. Il délégitimera les institutions invitées à le mettre en œuvre, renforcera les acteurs qu’il était censé contraindre et approfondira les fractures sectaires qu’il était censé combler. L’armée libanaise ne peut pas être, à la fois, le défenseur de la souveraineté libanaise, l’instrument préféré de l’Occident pour l’autorité étatique et le perçu agent d’application du séquençage israélien. Ces rôles ne peuvent être conciliés, et l’armée ne survivra pas à cette tentative avec sa crédibilité institutionnelle intacte.

Joseph Aoun n’avait pas besoin de se rendre à Washington pour l’opportunité photographique dans le Bureau ovale dont Trump rêvait pour devenir responsable de ce qui y a été présenté. Depuis Baabda, il a présidé un processus qui a produit, accepté ou omis d’arrêter un accord qu’il pourrait maintenant être constitutionnellement seul à devoir défendre, institutionnellement indéfendable pour l’armée chargée de le mettre en œuvre, et politiquement explosif pour le pays invité à l’absorber. La frappe israélienne qui a tué des officiers et soldats libanais avant même que l’encre sur le texte de Washington ne soit sèche n’était pas un événement secondaire malheureux. Elle s’inscrivait dans le même long schéma de violence israélienne qui a tué d’innombrables civils et non-combattants libanais, et elle a exposé la fraude centrale de l’arrangement : on demande au Liban de faire confiance à la discrétion d’un État qui continue de frapper son armée, de tuer ses habitants, de violer son espace aérien, et d’appeler tout cela « sécurité ». Qu’Aoun ait fait ce choix, en ait perdu le contrôle, ou ait été manœuvré dans cette position par des acteurs opérant dans les marges du pouvoir libanais et américain, l’exposition est la sienne. Et les conséquences seront celles du Liban.

L’avertissement contenu dans cet accord n’est pas subtil. Le Liban est déjà passé par là. Il sait ce qui arrive quand un État signe ce qu’il ne peut soutenir. La question est de savoir si quelqu’un ayant l’autorité d’agir sur la base de cette connaissance le fera avant que les coûts internes de ce texte ne commencent à se matérialiser. À ce moment-là, l’accord ne sera plus un texte à réviser. Il sera une crise à contenir.