Les crises qui se multiplient aujourd’hui en mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique ne sont pas des événements isolés. Elles s’inscrivent dans une continuité géopolitique profonde, héritée de la guerre froide. Si les acteurs ont changé, les logiques de rivalité stratégique et de contrôle des axes maritimes essentiels demeurent étonnamment constantes.
Au cœur de cette équation se trouve le détroit de Bab el-Mandeb, l’un des goulets d’étranglement les plus critiques du commerce mondial. Chaque jour, d’importants volumes de flux énergétiques et de marchandises reliant l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient y transitent. La moindre perturbation se répercute désormais bien au-delà de la région, affectant les chaînes d’approvisionnement mondiales, les marchés et la sécurité énergétique.
Djibouti occupe une position charnière dans ce dispositif stratégique. Longtemps valorisé pour sa localisation, le pays accueille aujourd’hui une concentration sans précédent de bases militaires étrangères, notamment françaises, américaines, chinoises et japonaises. Cette présence multinationale rappelle une réalité simple : la sécurisation des voies maritimes reliant l’océan Indien à la mer Rouge demeure une priorité majeure pour les grandes puissances.
Les attaques menées en mer Rouge par les Houthis depuis le déclenchement du conflit à Gaza ont replacé ces tensions structurelles au premier plan. Elles ont entraîné une militarisation accrue de l’espace maritime, avec le déploiement de forces navales internationales chargées de protéger la navigation commerciale. Comme à l’époque de la guerre froide, les grandes puissances se posent à la fois en garantes de la sécurité maritime et en concurrentes dans la lutte pour l’influence.
Cette situation révèle toutefois les limites de réponses fragmentées et strictement nationales. La sécurité durable de la mer Rouge ne saurait reposer uniquement sur des déploiements militaires ponctuels. Elle suppose une coordination internationale renforcée, associant les puissances navales, les États riverains ainsi que les organisations régionales et multilatérales, afin de préserver la liberté de navigation en tant que bien public mondial.
La mer Rouge et la Corne de l’Afrique doivent ainsi être appréhendées non comme des foyers de crise passagers, mais comme des piliers durables de la sécurité internationale. Dans un ordre mondial en recomposition, Djibouti demeure un point d’ancrage essentiel et un acteur clé de toute architecture collective de stabilité régionale.
Ambassadeur Rachad Farah
Djibouti, 28 janvier 2026
