50 journalistes palestiniens racontent la torture physique et les viols dans les prisons israéliennes.
Avertissement : Cet article contient des descriptions explicites de violence physique, psychologique et sexuelle.
Le Comité pour la protection des journalistes ou CPJ (en anglais : Committee to Protect Journalists) a publié un nouveau rapport le 19 février 2026 intitulé “Nous sommes revenus de l’enfer”, dans lequel 59 journalistes palestiniens racontent la torture qu’ils ont subie dans les prisons israéliennes. Tous, sauf un, ont déclaré avoir subi des actes de torture, des mauvais traitements ou d’autres formes de violence en raison de leur travail.
L’organisation a tenté de contacter les 65 journalistes libérés de la détention israélienne depuis le 7 octobre 2023. L’un d’eux, Ismail al-Ghoul, a été assassiné le 31 juillet 2024 dans sa voiture lors d’un reportage, et les cinq autres ont refusé de parler.
Les violences que décrivent ceux qui ont pu parler, d’ordres physiques, sexuelles et psychologiques, sont insoutenables. Yeux bandés, déshabillés, battus, insultés, parties génitales ligotées avec des colliers de serrage, les témoignages se suivent et se surpassent en termes d’horreurs. Un de ces anciens détenus, raconte qu’à
“chaque fois qu’il perdait connaissance, une décharge électrique ou un coup le réveillait brutalement”.
Les témoignages attestent également de viols. Le journaliste Sami al-Sai a raconté avoir été emmené dans une petite cellule de la prison de Megiddo, “où des soldats lui ont retiré son pantalon et ses sous-vêtements, et l’ont pénétré avec des matraques et d’autres objets”, peut-on lire dans le rapport. Un autre journaliste, Osama al-Sayed, raconte que lui et d’autres détenus avaient été déshabillés et attaqués par des chiens dressés à Sde Teiman. Il a qualifié l’incident de viol, ajoutant que des soldats riaient en filmant l’agression.
Pour Sara Qudah, directrice régionale du CPJ,
“il ne s’agit pas d’incidents isolés. Dans des dizaines de cas, le CPJ a documenté des abus récurrents – allant des coups à la privation de nourriture, en passant par les violences sexuelles et la négligence médicale – perpétrés contre des journalistes en raison de leur travail. Ces abus révèlent une stratégie délibérée visant à intimider et à réduire au silence les journalistes, et à anéantir leur capacité à témoigner. Le silence persistant de la communauté internationale ne fait que perpétuer ces abus”, a-t-elle ajouté.
Des journalistes torturés parce que journalistes
Les témoignages attestent que ces journalistes ont été directement ciblés, arrêtés et torturés pour leur travail d’information. Parmi eux, Amin Baraka a raconté avoir été interrogé à plusieurs reprises au sujet de son travail avec Al Jazeera, chaîne affiliée au Qatar, et avoir reçu des menaces de violence contre sa famille.
“Un soldat israélien m’a dit, mot pour mot en arabe, que le correspondant d’Al Jazeera, Wael Al-Dahdouh, nous avait défiés et était resté dans la bande de Gaza, alors nous avons tué sa famille, et nous tuerons la vôtre aussi”,
a-t-il assuré. Un autre journaliste, Mohammed al-Atrash, a rapporté qu’avant sa libération de prison, on l’avait averti de cesser toute activité journalistique.
“On m’a dit que si j’écrivais ne serait-ce que ‘bonjour’ sur les réseaux sociaux, on le saurait”, a-t-il expliqué.
Le CPJ précise qu’il n’a pas pu vérifier indépendamment chaque allégation,
“mais les rapports concordent avec les conclusions d’organisations de défense des droits humains documentant un traitement similaire des Palestiniens dans les détentions israéliennes, que l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem a décrites comme un ‘réseau de camps de torture’”.
Le Comité pour la protection des journalistes, fondé en 1981 et basé aux États-Unis, a objet d’observer les abus contre la presse et promouvoir la liberté de la presse à travers le monde. Il a recensé la détention d’au moins 94 journalistes palestiniens et d’un employé des médias depuis le 7 octobre 2023 : 32 journalistes et un employé des médias originaires de Gaza, 60 de Cisjordanie et deux en Israël. Au 19 février 2026, 30 sont toujours détenus. En 2025, le recensement du CPJ révélait qu’Israël figure parmi les pays emprisonnant le plus de journalistes depuis 2023.
Le SNJ-CGT alerte les médias français et le Quai d’Orsay
En France, le syndicat de journalistes SNJ-CGT a alerté le 17 février sur la situation critique des correspondants de France Médias Monde à Gaza. Il rappelle qu’entre octobre 2023 et décembre 2025, au moins 289 journalistes ont été tués. Le site Stop murdering journalists qui tient à jour la liste des journalistes assassinés recense pour sa part 317 journalistes tombés à Gaza à ce jour. Dans son communiqué, le syndicat français écrit :
“Dans ce contexte dramatique, le SNJ-CGT de France Médias Monde a alerté la direction sur la situation particulièrement alarmante de ses correspondants à Gaza : Wissem Abouzaid, correspondant de Monte Carlo Doualiya, et Rami Al Meghari, correspondant de Radio France Internationale. Depuis trois ans, ils couvrent la guerre sur le terrain, dans des conditions d’extrême danger. Leurs reportages et témoignages sont indispensables pour informer les auditeurs des deux radios françaises et garantir une couverture indépendante des événements. Leur engagement professionnel force le respect. Cependant, à plusieurs reprises, ils ont échappé de justesse à la mort. Face à cette situation critique et conscient de la complexité des opérations d’évacuation en c ours, le SNJ-CGT appelle la direction concernée, ainsi que les autorités françaises, à mobiliser l’ensemble des leviers diplomatiques, humanitaires et logistiques afin de permettre leur évacuation vers la France, avec leurs familles, dans les plus brefs délais”.
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