UKRAINE, IRAN, LIBAN, TROIS GUERRES CONTRE-PRODUCTIVES

Par Renaud Girard

Avant de déclencher une guerre que la nécessité ne vous impose pas, vous devriez réfléchir, plutôt deux fois qu’une. Car il n’y a pas plus imprévisibles que le déroulement et les conséquences d’une guerre, et l’intelligence artificielle ne peut rien pour ça.

Voici ce que disent, à haute voix ou dans le secret de leurs cerveaux, les témoins de nos guerres contemporaines – Ukraine, Iran, Liban – aux dirigeants qui les ont déclenchées. C’est ce que tous les Européens, Russes compris, disent à Vladimir Poutine. C’est ce que tous les riverains du Golfe Persique disent à Donald Trump. C’est ce que tous les Levantins disent à Benjamin Netanyahou.

Car il apparaît clairement aujourd’hui que l’invasion terrestre de l’Ukraine déclenchée par la Russie en février 2022, aussi bien que l’attaque navale et aérienne de l’Iran déclenchée par les Etats-Unis d’Amérique en février 2026, que l’invasion du sud du Liban par l’armée d’Israël en mars 2026, ne rempliront pas les objectifs politiques qu’elles étaient censées atteindre. Ce sont trois guerres contreproductives.

Le but proclamé de l’agression russe de l’Ukraine était d’affaiblir, sinon de soumettre, ce pays, et de repousser vers l’ouest les frontières de l’OTAN. Après une guerre qui a duré plus que la première guerre mondiale, la Russie n’a atteint aucun de ses objectifs. L’Ukraine a désormais l’armée la plus forte et la plus aguerrie de l’Europe démocratique orientale. Les bombardements subis par la population l’ont braquée pour très longtemps contre les Russes, dont elle partageait la langue et les références culturelles.

Dans un article historique publié à l’été 2021, Vladimir Poutine avait expliqué que l’Ukraine n’avait jamais, dans l’histoire, formé une nation. Si elle n’existait pas en 2021 comme le président russe le prétendait, la nation ukrainienne, forgée dans la résistance à l’envahisseur, existe certainement aujourd’hui. Personne ne le nie.

Quant aux frontières de l’Otan, elles se sont encore étendues vers l’est, à l’issue du passage à l’acte insensé de Vladimir Poutine. Avant la guerre, le président ukrainien Zélinsky avait publiquement affirmé que son pays était prêt à renoncer à adhérer à l’Otan. Aujourd’hui, l’Ukraine n’est pas formellement un membre de l’Otan, mais il est, de loin, le pays le plus aidé par cette alliance militaire. En termes d’aides budgétaires et de fournitures militaires, aucun pays n’a été aussi aidé que l’Ukraine par l’Alliance atlantique depuis sa fondation en 1949. Autant les aides américaines se sont taries, autant les européennes les ont remplacées.

L’Union européenne – qui accorde à ses membres le même type de solidarité sécuritaire que l’Otan – s’est engagée à intégrer un jour en son sein l’Ukraine. Le 8 juin 2026, le commissaire européen Kos était à Kiev, afin d’aider les Ukrainiens à réaliser les réformes nécessaires à une adhésion à l’UE. Si Poutine n’avait pas attaqué l’Ukraine, l’adhésion de ce pays aurait été jugée, en 2021, fantaisiste par la très grande majorité des dirigeants et des députés européens.

Enfin, la Finlande et la Suède, deux pays auparavant neutres, ont décidé d’adhérer à l’Otan après le coup de force de la Russie. Les autres pays européens, à commencer par la Pologne et l’Allemagne, ont entrepris de se réarmer massivement. Si Poutine avait voulu créer une nouvelle forteresse sur ses frontières occidentales, il ne s’en serait pas pris autrement.

Le but proclamé de la guerre américaine contre l’Iran, réalisée en tandem avec Israël, était le changement de régime (après sa décapitation initiale) et la dénucléarisation du pays. Après que 23800 frappes eurent été commises sur le sol iranien, aucun de ces deux objectifs politiques n’a été atteint. Le régime, relative