RFI avec AFP
« C’est fait ! L’Union européenne sanctionne aujourd’hui les principales organisations israéliennes coupables de soutenir la colonisation extrémiste et violente de la Cisjordanie, ainsi que leurs dirigeants », a annoncé le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sur X. « Ces actes gravissimes et intolérables doivent cesser sans délai », a ajouté le ministre.
Des sanctions contre des responsables du mouvement islamiste palestinien Hamas, également bloquées en raison du veto hongrois sur les colons extrémistes, ont également été l’objet de cet accord politique, selon Jean-Noël Barrot.
Sept colons extrémistes ou leurs organisations sont concernés par ces sanctions ainsi que 12 responsables du Hamas.
Ce sont les sanctions classiques de l’Union européenne, à savoir le gel des avoirs détenus dans l’Union et l’interdiction de pénétrer sur le territoire européen, rappelle notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet. « La situation en Cisjordanie est inacceptable, tout comme celle à Gaza, qui reste très dramatique », explique Tanja Fajon, ministre slovène des Affaires étrangères. « Nous appelons tout le monde à réclamer un cessez-le-feu, car la solution à deux États est de plus en plus menacée par les agissements du gouvernement israélien, et nous condamnons les violations du droit international humanitaire ainsi que la situation en Cisjordanie et à Gaza »
Israël dénonce une décision « arbitraire et politique »
C’est une fin de non-recevoir catégorique. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a vivement dénoncé la décision de l’Union européenne de sanctionner des organisations et des individus liés aux colonies en Cisjordanie, rapporte notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.
Pour Jérusalem, ces mesures sont « arbitraires et politiques ». Le chef de la diplomatie fustige ce qu’il appelle une « comparaison moralement déformée » : l’Europe a en effet choisi d’annoncer, lors de la même session, des sanctions contre des colons et contre des responsables du Hamas.
Au-delà de la rhétorique, l’inquiétude grandit dans les couloirs du ministère. Des diplomates israéliens confient aux médias ce soir que le climat s’est brutalement dégradé. Le retrait du veto de la Hongrie – allié historique d’Israël – a laissé le champ libre aux Vingt-Sept. Selon ces sources, l’Europe perçoit désormais une dérive d’Israël vis-à-vis des valeurs démocratiques communes. Un fossé qui menace désormais le socle même des accords commerciaux et diplomatiques entre l’État hébreu et son principal partenaire économique.
Le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, a qualifié lundi l’Union européenne d’« union antisémite ». « Attendre de l’Union antisémite qu’elle prenne une décision dictée par la morale, c’est comme attendre que le soleil se lève à l’ouest », a écrit sur X M. Ben Gvir, colon et figure de l’extrême droite israélienne, coutumier des déclarations outrancières et des accusations d’antisémitisme.
Ce lundi soir, le Premier ministre israélien a dénoncé la « faillite morale » de l’Union européenne : « Alors qu’Israël et les États-Unis font le « sale boulot de l’Europe » en se battant pour la civilisation contre les fanatiques jihadistes en Iran et ailleurs, l’Union européenne a révélé sa faillite morale en établissant un faux parallélisme entre les citoyens israéliens et les terroristes du Hamas ».
Quatre entités israéliennes visées
Quatre entités israéliennes sont concernées par ces sanctions qui ont pour conséquences le gel des avoirs et des transactions financières mais aussi l’interdiction de voyager en Europe, rapporte notre correspondante à Jérusalem, Frédérique Misslin.
Des organisations d’extrême droite sont visées comme Regavim, ou encore Nachala qui a un objectif affiché : recoloniser Gaza. Il y a aussi Amana, une entreprise de travaux publics qui a participé à la construction de 80 colonies, et Hashomer Yosh qui coordonne les actions sur les avant-postes.
Des violences qui ont explosé ces derniers mois
Les violences de colons israéliens contre des Palestiniens ont explosé ces derniers mois en Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, et où le nombre de colonies – que l’ONU juge illégales au regard du droit international – a fortement augmenté ces dernières années.
Ces sanctions étaient bloquées depuis des mois par un veto de la Hongrie de Viktor Orban. Mais la victoire de Peter Magyar aux élections législatives du 12 avril a permis d’obtenir un accord politique sur ces sanctions, qui prévoient un gel des avoirs dans l’Union européenne et une interdiction d’entrer dans l’UE. Une décision officielle des 27 doit encore être prise pour qu’elles entrent en vigueur.
