Allons-nous vers un bain de sang ?
Les images enregistrées ne laissent aucun doute : ni sur les circonstances, ni sur le mobile, ni même sur l’identité des émeutiers. Un tracteur Ranger, offert par le gouvernement aux habitants des avant-postes les plus violents de Cisjordanie, déboule sur la route. Le Ranger s’arrête, et quatre hommes masqués en descendent, armés de bâtons, et se mettent à frapper mortellement quiconque croise leur chemin. La caméra ne montre pas leurs victimes, seulement leurs voix : « Au secours… Non, non, pitié, non. »
C’est ainsi qu’a débuté, vendredi dernier, l’attaque brutale perpétrée par des colons contre des militants israéliens des droits de l’homme de l’organisation « Nous regardons l’occupation dans les yeux » et contre des habitants palestiniens du village de Qusra, en Cisjordanie centrale. Après l’attaque, quatre blessés ont été transportés à l’hôpital par ambulance et hélicoptère. Ils souffraient de fractures à plusieurs endroits et d’hémorragies à la tête et aux yeux. Un témoin oculaire a déclaré au correspondant du Haaretz, Matan Golan, que les colons étaient arrivés à une maison où se trouvaient les militants israéliens et les habitants palestiniens et avaient commencé à les frapper à coups de bâtons et de barres de fer.
Des militants israéliens se rendent dans les villages palestiniens pour protéger les plus vulnérables, s’interposant physiquement pour les protéger. Cette protection des plus démunis – un acte de civisme courageux et louable – est précisément ce qui motive les colons à les harceler, les terroriser et les chasser de leurs terres.
Le président Isaac Herzog a condamné l’attaque. L’armée israélienne a indiqué avoir reçu un rapport et que des forces étaient à la recherche des auteurs. Hier, la police a annoncé l’arrestation de trois suspects, des colons de Samarie (nord de la Cisjordanie) âgés de 17 à 23 ans, qui se trouvaient dans le véhicule à bord duquel ils circulaient et qui contenait des matraques.
Il faut saluer la rapidité – et, il faut le dire, la rareté – avec laquelle la police a arrêté les suspects, mais cela ne suffit pas. Leur détention a été prolongée jusqu’à aujourd’hui. L’expérience passée laisse fortement craindre une libération imminente.
Il s’agissait de l’une des attaques les plus violentes perpétrées par des colons contre des Israéliens et des Palestiniens innocents. Les forces de l’ordre doivent donc se montrer plus sévères dans leurs sanctions, sous peine de manquer à leur devoir. Le lendemain de l’incident, des colons sont revenus et ont attaqué des habitants du même secteur. Des images de personnes blessées et ensanglantées ont été diffusées hier. Profitant des conflits dans la bande de Gaza et en Iran, les colons ont intensifié leurs violences au point de mettre en danger la vie des habitants et de menacer la paix dans la région. Pour eux, les guerres sont une occasion de recourir à la violence et d’intensifier l’expulsion des habitants de leurs foyers et de leurs terres. Il est impératif de les combattre. Face à une telle faiblesse délibérée de la part de la police et de l’armée, seul le système judiciaire peut accomplir cette mission ; autrement, rien ne pourra arrêter le bain de sang en Cisjordanie, orchestré par les colons et encouragé par l’armée et la police.
Haaretz 2/3/2026
