Mission difficile pour Jean-Noël Barrot

La tournée de Jean-Noël Barrot en Irak, en Syrie et au Liban aura marqué en ce début d’année un retour en force de la France sur l’échiquier moyen-oriental et en particulier au Levant en ébullition où les remous dans ces trois pays – dont deux étaient sous mandat français et un sous protectorat britannique – risquent d’aggraver la situation régionale déjà en danger par les tentatives d’Israël d’annexer le sud et l’est du Liban ainsi que le sud de la Syrie.

La diplomatie française tente de s’imposer dans cette zone où les USA et l’Etat hébreu veulent contrôler seuls l’avenir proche et lointain d’Israël et protéger ses environs d’une montée de l’islamisme à un moment où Gaza et l’Iran pourraient mettre le feu aux poudres.

A Bagdad et à Erbil, première étape de sa tournée, le ministre français, également émissaire du Président Macron tente d’éviter une détérioration de la situation qui pourrait menacer les intérêts de la France si le problème kurde et la toute récente présence de terroristes déplacés des camps du nord-est de la Syrie entravaient les efforts de stabilisation américano-européens. 

En rappelant en même temps que Paris entend maintenir et accroître sa présence à un moment où l’Amérique de Donald Trump veut jouer solo pour s’attribuer le mérite de stabiliser la zone et clamant haut et fort qu’elle seule pourra y rétablir une paix durable.

Concrètement, M. Barrot a dialogué avec les « autorités fédérales » irakiennes, le gouvernement du Kurdistan et le gouvernement de Damas insistant sur l’urgence de faire front à la menace « jihadiste ».

Les milieux du Quai d’Orsay estiment qu’il est possible de prévenir la résurgence de cette menace avec   une alliance arabo-kurde élargie et neutraliser les pouvoirs locaux établis durant les 15 dernières années. 

Créer en quelque dans le nord-est syrien une sorte d’architecture anti-terroriste qui fera l’objet d’une réunion à Ryad et discuter en amont avec les premiers concernés, c’est-à-dire les autorités de Damas, les diverses forces démocratiques syriennes et éventuellement les autorités irakiennes et régionales kurdes «Daech » étant une menace transnationale.

Le ministre de l’Europe et des A.E. ne manquera pas de rappeler l’accord du 29 juin où la France a joué un rôle important en termes de médiation avec une participation personnelle d’Emmanuel Macron, accord qui a permis un cessez-le-feu pérenne et qui doit permettre l’intégration de la composante kurde dans les structures de l’Etat syrien en dépit du manque de confiance montré par certaines parties.

 Il reste, en tout cas encore du chemin pour instaurer un climat propice pour que chaque interlocuteur se sente en sécurité avec des droits reconnus par les autres.

Il faut souligner par ailleurs la nécessité d’un 3e acte de ce périple, à savoir une sorte de volet iranien qui apporterait une réassurance à 2 partenaires stratégiques importants, dans la région, à savoir l’Irak et le Liban situé depuis plus d’un siècle aux portes de cet «Orient compliqué »… Il s’agit là de pays abritant des « proxies » iraniens qui pourraient craindre une grande crise en Iran ou avec l’Iran et qui se mobiliseraient aux côtés de Téhéran en cas de grande escalade militaire. Le cas du Hezbollah en 2024 entraîné dans le camp iranien est encore dans les mémoires et la diplomatie française devra conseiller à Beyrouth et à Bagdad d’éviter ce piège fatal.

Chapitre strictement libanais de la mission de Jean-Noël Barrot : préparer la conférence de soutien aux forces armées du pays qui sera organisée le 5 mars à Paris par le quintet France, USA, Arabie Saoudite, Qatar et Egypte. Une sorte de groupe de contact pour aider le Liban, réunion s’ouvrira par des discours des présidents Emmanuel Macron et Joseph Aoun. 

Cette aide en matériel et en armement devrait donner à l’armée libanaise les moyens de rétablir la souveraineté de l’Etat en poursuivant le désarmement des groupes libanais et palestiniens dans un climat de crispation causé par un affaiblissement de l’Iran.

L’armée libanaise devra exprimer ses besoins pour les missions qui lui sont assignées pour qu’en fonction de ces besoins, la communauté internationale puisse apporter une l’aide consistante et ciblée  avec un soutien politique pour permettre au Pays de se relever en coordination avec le FMI et restructurer son secteur financier. Tâche difficile qui nécessite une prise de conscience du Parlement libanais et des réformes en profondeur pour l’instant ardues du fait de la corruption galopante d’une part et de l’inconscience d’une partie des Libanais.

Autre préoccupation française : redonner confiance à ses grandes entreprises qui s’étaient retirées de Syrie du fait de mille sanctions tout récemment abolies.

Mission très difficile pour le jeune ministre qui devra faire preuve tour à tour de fermeté et de souplesse avec des interlocuteurs accueillants en apparence que mais difficiles à convaincre.    

Par Elias Masboungi