| Si Vénus la dota de son prénom, ce fut bien Calliope, muse de l’éloquence qui lui fit don de son talent de poète. Vénus Khoury-Ghata, grande figure de la francophonie et de la littérature mondiale, Libanaise de naissance et Française de préférence, s’est éteinte aujourd’hui à l’âge de 88 ans. Celle qui écrivait une Stèle pour l’absent laisse dans son sillage sa voix, « pour mieux t’écouter par temps de pluie ».Du Liban où elle vit le jour en 1937, dans le même village que le poète Khalil Gibran, Vénus Khoury-Ghata retenait le soleil d’Orient et les reflets de la Méditerranée mais aussi les livres, la langue, la poésie. En 1966, après ses études à l’Ecole Supérieure des Lettres de Beyrouth, elle publia son premier recueil de poésie, Les Visages inachevés. En 1971 paraissait son premier roman, Les inadaptés. La poétesse prit ensuite le chemin de l’exil et s’installa en France l’année suivante. Là, elle collabora avec l’équipe de la revue « Europe », traduisit les poèmes de Louis Aragon en arabe tout en écrivant son œuvre en français, dans un entrelacement universel. Fidèle à ses deux langues, ses deux cultures, ses deux genres littéraires, poétique et romanesque, Vénus Khoury-Ghata composa au fil des ans une œuvre singulière dans laquelle elle explorait les thèmes de l’exil, de la mémoire, de la violence et de la mort. Elle écrivit Une maison au bord des larmes,roman-hommage à son frère interné parce qu’homosexuel, tout en continuant à publier de la poésie. Qui parle au nom du jasmin ? en 1995, Où vont les arbres ? en 2011. Son écriture à la fois lyrique et intime illustrait une personnalité « excessive » comme elle aimait à le dire.Française par le cœur et la langue, Vénus Khoury-Ghata s’imposa dans la vie littéraire parisienne, par sa personnalité, son œuvre, son attention aux autres. Lauréate du Grand prix de poésie de l’Académie française en 2009, et du Goncourt de la poésie en 2011, elle fut également présidente des prix France-Turquie, France-Liban et du prix des Cinq Continents. D’un côté l’autre de la Méditerranée, sur les routes du monde, elle ne se lassait pas d’aller à la rencontre de la jeunesse des Alliances et des Instituts français, défendant toujours le rayonnement de notre Francophonie.Le Président de la République et son épouse saluent la mémoire d’une grande femme de lettres, conteuse de la poésie des choses et du tragique des Hommes, figure de notre relation fraternelle avec le Liban. Ils adressent leurs condoléances sincères à sa famille, ses proches, ses lecteurs, et tous ceux qui l’aimaient. |