TEMOIGNAGE par Elias MASBOUNGI
En 1983, le Liban et Israël négociaient et signaient un accord daté et nommé du 17 mai qui n’a pas fait long feu puisque les négociations se tenaient à l’ombre des chars d’Ariel Sharon dont les troupes occupaient une bonne partie du Liban et encerclaient Beyrouth-Ouest qui abritait, selon les assaillants, les deux à trois cent terroristes palestiniens les plus dangereux.
Au lendemain de la première séance tenue dans la localité frontalière de « Kyriat-Shmona », « L’Orient-Le Jour » publiait à la Une un compte-rendu signé par votre humble serviteur et intitulé : « Ce n’est pas ne négociation, c’est une reddition ».
Nous nous étions rendus à la première séance de pourparlers, May Daher et Georges Semerdjian d’An-Nahar et moi tout simplement en taxi dont le conducteur, Abdallah, était originaire de la région.
Arrivés sur un terrain de foot à cheval sur la ligne de démarcation, deux soldats israéliens assis derrière une petite table nous demandent nos papiers en nous rassurant qu’ils ne les garderaient pas mais qu’ils nous remettraient une fiche en deux copies dont nous garderions une pour la présenter à la sortie en territoire libanais.
A bord d’un taxi de marque Volvo, nous voilà en route vers un hôtel de la chaîne israélienne « Dan » où nous attendaient ainsi que les autres journalistes le négociateur-en-chef libanais Antoine Fattal, secrétaire général du ministère des affaires étrangères et son homologue israélien David Kimche entourés de leurs équipes composées de civils et de militaires. Première séance à huis-clos puis une deuxième après la pause-déjeuner qui ou a permis de glaner quelques infos sur ce premier contact sans cordialité. Contrairement aux autres séances programmées tous les jeudis, alternativement à Kyriat Shmona et à Khaldé, banlieue beyrouthine occupée où les laisser-passer étaient délivrés par des soldats israéliens.
Rebelote ce 16 avril 2026 où cette fois-ci l’initiateur n’est autre que Donald Tump qui propose une trêve de dix jours et invite Joseph Aoun et Benyamin Netanyahou à la Maison Blanche pour une rencontre et des négociations en direct. Refus net du chef de l’Etat libanais qui exige en préalable un retrait total de « Tsahal » de tout le territoire libanais.
Mais la liesse du retour des habitants du Sud chez eux où ils ont retrouvé des villages rasés et leurs maisons détruites n’a pas survécu puisque dès le lendemain les bombardements israéliens ont repris et que les porte-paroles de l’occupant ont réaffirmé qu’il n’y aura pas de retrait au-delà de la ligne bleue qui longe la ligne de démarcation de l’armistice de 1948.
Du 17 Mai 1983 au 16 avril 2026, c’est le même ennemi ; à la différence que l’occupant d’hier était palestinien et que le résistant d’aujourd’hui est l’enfant du pays.
E.M.
